Environnement

La liste noire des sites les plus pollués de la planète

Le «palmarès» des dix sites de la planète où l’impact sanitaire de pollutions d’origine industrielle est le plus important a été publié. Les conséquences sanitaires sont dévastatrices, particulièrement en Russie et en Indonésie.

Intoxications des habitants aux métaux lourds, pollutions de l’environnement par des hydrocarbures, des substances toxiques ou radioactives: le palmarès publié, mardi 5 novembre, par la branche suisse de Green Cross et Blacksmith Institute, deux organisations non gouvernementales dont la première a été créée par Mikhaïl Gorbatchev, n’a rien du hit-parade pour magazines de tourisme. Bien au contraire, il «distingue» les dix sites de la planète où l’impact sanitaire de pollutions d’origine industrielle est le plus important.

Trois de ces sites sont situés en Afrique, autant dans l’est de l’Europe et en Asie, la liste étant complétée par un cas argentin. La Russie et l’Indonésie y sont mentionnées à deux reprises, alors que la Chine en est absente. Quatre sites figuraient déjà dans le précédent classement, établi en 2007: Dzerjinsk et Norilsk, en Russie, Tchernobyl, en Ukraine, et Kabwe, en Tanzanie.

Le premier fut un centre majeur de production d’armes chimiques à l’époque soviétique. Trois cent mille tonnes de déchets toxiques y auraient été enfouies entre 1930 et 1998, sur des sites parfois mal identifiés. L’espérance de vie dans cette ville de 250 000 habitants, longtemps interdite aux étrangers, était en 2006 de 42 ans pour les hommes et de 47 ans pour les femmes, soit de vingt ans inférieure à la moyenne nationale, selon une étude citée par le rapport. «Les nappes d’eau sont impropres à la consommation», affirme Dmitri Levachov, de l’association écologiste Eco Dzerjinsk.

Concentration de plomb dans le sang des enfants

Ancien goulag, Norilsk est l’un des plus grands centres de production de nickel au monde. La forêt a disparu dans un rayon de 30 kilomètres autour de la ville. A Kabwe, où le plomb a été exploité et fondu pendant près d’un siècle sans précautions particulières, des concentrations du métal dans le sang des enfants atteignant jusqu’à quarante fois la limite recommandée ont été détectées.

Si l’accident nucléaire de 1986 vaut à Tchernobyl de figurer dans ce «palmarès», Fukushima y échappe… pour l’instant. «La dimension sanitaire de la catastrophe reste à appréhender, estime Stephan Robinson, de Green Cross Switzerland. Ses effets sur la santé humaine ne seront visibles que dans quelques années. Et à la différence de Tchernobyl, la population a pu être évacuée.»

Le principal critère retenu pour établir ce classement est en effet l’importance de l’impact sanitaire sur les populations. Ce «top 10» se veut un «instantané» destiné à sensibiliser la communauté internationale aux dégâts humains provoqués par des pollutions industrielles localisées. La pollution atmosphérique diffuse n’est ainsi pas prise en compte.

Plus de 2000 sites étudiés

Les auteurs du classement, s’ils affirment se baser sur «un protocole standardisé», reconnaissent avoir laissé une place à la subjectivité. Si Agbogbloshie, quartier d’Accra, capitale ghanéenne, contaminé par le démantèlement sauvage des vieux équipements électroménagers venus d’Europe, et Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, empoisonnée par le mercure utilisé par les orpailleurs, y figurent, c’est qu’au-delà des chiffres bruts, ils incarnent deux sources de pollution particulièrement dévastatrices au niveau mondial.

Le recensement effectué pour aboutir à ce palmarès se veut beaucoup plus complet que pour la précédente édition. Plus de 2 000 sites, répartis dans 49 pays, ont été étudiés. L’Amérique du Nord et l’Europe occidentale ont été volontairement ignorées, car ces régions du monde ont délocalisé leurs industries les plus polluantes. Les fabricants italiens de chaussures importent du cuir provenant de tanneries situées en Asie, qui utilisent du chrome hexavalent, entraînant de graves contaminations, comme à Hazaribagh, au Bangladesh, autre site figurant dans le classement.*

L’enquête évalue à 200 millions le nombre de personnes potentiellement victimes de pollutions d’origine industrielle dans les 49 pays étudiés et rappelle que, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 23% des décès dans les pays en développement sont attribuables à des facteurs environnementaux. «Le manque de ressources nécessaires dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires aggrave les effets sanitaires des pollutions tout en marginalisant ceux qui ont le plus besoin d’aide», affirment les auteurs.

Un seul site recensé en 2007 a été décontaminé

Au-delà du constat, forcément peu réjouissant, Stephan Robinson estime que des progrès ont été effectués en terme de prise de conscience et de mobilisation. La convention de Minamata sur le mercure a été signée les 10 et 11 octobre par 91 pays. Longtemps indifférent, le gouvernement russe s’apprêterait à lancer un plan fédéral de décontamination des sites pollués – dont celui de Djerzinsk – doté de 100 milliards de roubles (2,3 milliards d’euros).

«Au-delà du manque de moyens, le problème que l’on rencontre le plus fréquemment est l’absence de stratégie nationale et d’infrastructures de gestion des déchets toxiques, note l’expert de Green Cross Switzerland. Il est difficile d’espérer quoi que ce soit quand les autorités ne savent même pas répondre à des questions basiques sur ce qu’elles comptent faire de ces déchets ou terres polluées.»

Des sites figurant au classement de 2007, un seul peut être aujourd’hui considéré comme décontaminé, selon le rapport: celui de Paraiso de Dios, en République dominicaine, où des entreprises de recyclage de batteries automobiles avaient provoqué un empoisonnement de la population au plomb. Mais, d’après des associations de riverains, ces mêmes entreprises sont désormais installées dans des quartiers voisins, où elles ont repris leurs activités, sans plus de contrôles que par le passé.

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