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Alors que les impacts du changement climatique se multiplient en Suisse et à travers le monde, une majorité d’électeurs a choisi de ne pas soutenir la révision de la loi sur le CO2 lors des récentes votations. Comment l’expliquer? Le psychologue du développement durable à l’Université de Genève Tobias Brosch livre quelques pistes d’analyse.

Le Temps: Pourquoi la révision de la loi sur le CO2 n’a-t-elle pas davantage convaincu?

Tobias Brosch: Le changement climatique est une problématique assez difficile à comprendre pour les êtres humains. On ne peut pas la toucher, la sentir, l’expérimenter directement. De manière rationnelle, on sait qu’il y a une menace, mais on l’imagine plutôt dans le futur et loin de nous. Par conséquent, elle n’est pas chargée émotionnellement et on ne voit pas l’intérêt à agir. Quand, au contraire, des partis mettent en avant l’augmentation des prix occasionnée par la loi, alors nous voyons immédiatement le problème, car il y a des conséquences directes pour nous-mêmes! Au début de la campagne, la nouvelle loi sur le CO2 bénéficiait d’un large soutien, mais ces dernières semaines on a vu se multiplier les affiches mettant en avant le coût des mesures, affirmant que la voiture serait réservée aux riches, et rappelant que la Suisse ne représente que 0,1% des émissions globales des émissions de gaz à effet de serre. Une argumentation efficace. A côté, les affiches des partisans de la loi en appelaient à la responsabilité de chacun et à la protection de la planète. Ces arguments de moralité ont de la valeur, mais ne font pas le poids à côté d’arguments plus pragmatiques. Je regrette qu’il n’y ait pas eu d’affiches informant les électeurs qu’ils allaient aussi gagner de l’argent s’ils acceptaient cette nouvelle loi, grâce au mécanisme de redistribution de la taxe carbone via l’assurance maladie.

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Comment s’y prendre pour mieux motiver la population à agir contre le changement climatique?

Il est nécessaire de changer la communication sur ce sujet. Actuellement, on insiste beaucoup sur la responsabilité de chacun face à cette menace. Mais lutter contre le changement climatique n’est pas seulement une responsabilité, c’est une nécessité. Le réchauffement a déjà des conséquences en Suisse. Il entraîne chaque année des décès et des surcoûts importants. Si on ne fait rien, nos conditions de vie vont se dégrader. Agir en faveur du climat n’est donc pas qu’un choix moral, c’est aussi un réflexe égoïste. Il faut aussi rappeler que le fait d’adopter des comportements plus respectueux de l’environnement n’entraîne pas nécessairement une perte de confort ou d’opportunité. La lutte contre le réchauffement est dans notre propre intérêt. Lorsqu’on en prend conscience, on est motivé à passer à l’action.

Un conseil pour les futures campagnes politiques sur le climat?

Dans un pays de démocratie directe comme la Suisse, le discours politique est très souvent affectivement chargé, que ce soit sur les thématiques liées à l’environnement ou sur celles liées à l’immigration, par exemple. C’est normal car c’est cela qui fonctionne. La logique nous aide à comprendre les problèmes, mais ce sont les émotions qui mobilisent. Il faut donc aussi faire appel aux émotions pour encourager les personnes à s’engager pour le climat.

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