La journée mondiale sans tabac de ce jeudi 31 mai nous rappelle que le tabagisme passif augmente le risque de pathologies telles que les cancers, et de plusieurs maladies cardiovasculaires et respiratoires. Ses effets sur le fœtus sont en revanche moins connus. Trois études d’envergure, menées dans différents pays, ont néanmoins montré que le nombre de prématurés et des enfants de faible poids à la naissance baissait nettement après application de l’interdiction de fumer dans les lieux publics et de travail.

En Ecosse, l’étude de l’équipe de Daniel Mackay de l’Université de Glasgow a porté sur toutes les naissances dans le pays pendant quinze ans, période au cours de laquelle la législation contre le tabagisme public est entrée en vigueur. «L’étude, très intéressante, a été menée avec une méthodologie sérieuse», estime Jacques Cornuz, médecin chef de la Policlinique universitaire de Lausanne et responsable du service de tabacologie du CHUV.

Mobilisation de la population

Elle montre une baisse de 11% du nombre de prématurés et d’enfants avec un faible poids à la naissance, plus marquée chez les femmes non fumeuses, et cela même trois mois avant l’application de ladite loi, à fin mars 2006. Selon les auteurs, qui ont publié leurs résultats dans la revue PLoS Medicine, cet effet anticipé provient de l’importante mobilisation de la population avant l’entrée en vigueur de la réglementation, témoignée notamment par les fortes ­demandes de thérapies anti-tabagiques. «Même s’il s’agit d’une simple association, elle est tellement plausible médicalement et solide statistiquement qu’un lien de causalité doit être envisagé», commente Jacques Cornuz.

Dans cette expérience grandeur nature, la même équipe écossaise avait déjà observé une chute de 18% des enfants hospitalisés pour de l’asthme et de 17% des adultes admis à l’hôpital pour syndrome coronarien aigu.

Aux Etats-Unis, un effet comparable est apparu en 2003 lorsque les habitants de la ville de Pueblo, dans l’Etat du Colorado, ont décidé par votation d’interdire le tabagisme dans les lieux publics et de travail. La mesure a été suivie d’une baisse de plus de 20% des naissances prématurées et de 8% des enfants avec un faible poids à la naissance.

Pour obtenir ces chiffres, l’équipe de Robert Lee Page, de l’Université du Colorado, a comparé Pueblo à la ville voisine d’El Paso, qui n’avait pris aucune mesure contre le tabagisme public. La même approche avait déjà permis de constater une chute de 41% des hospitalisations pour infarctus du myocarde à Pueblo trois ans après l’application de la loi.

Ces deux estimations, ainsi qu’une étude pionnière à Dublin en Irlande publiée dès 2009, suggèrent un effet direct du tabagisme passif sur l’enfant in utero. Plusieurs indices orientent dans ce sens.

Tout d’abord, le tabagisme actif chez la femme enceinte est déjà la principale cause connue de naissances prématurées. «Le tabagisme de la femme enceinte est toxique pour le développement de son enfant, même à faible dose, car la personne a tendance à plus «tirer» sur ses cigarettes, rappelle Jacques Cornuz. De plus, le tabac reste un facteur de stress important, contrairement à ce que l’on entend parfois dire.» D’autre part, la fumée de cigarette contient des centaines de produits nocifs pour la santé. La nicotine et le ­monoxyde de carbone sont des ­vasoconstricteurs bien connus qui pourraient perturber l’irrigation sanguine du fœtus et donc son développement normal.

La cigarette doit donc être exclue de l’environnement maternel pour éviter prématurité et faible poids à la naissance. Malheureusement, ce message semble encore difficile à passer dans les milieux sociaux défavorisés, selon une vaste enquête menée aux Pays-Bas et publiée récemment dans la revue PLoS ONE. Elle montre que le tabagisme peut à lui seul expliquer le taux plus élevé de prématurité et de faible poids à la naissance observé chez les mères ayant un faible niveau d’éducation Par le poids qu’il fait peser sur la santé des familles les plus vulnérables, le tabagisme est en train de devenir un facteur majeur d’aggravation des inégalités sociales.