Les tests suisses des vaccins lancés

Ebola L’innocuitéde deux produits soutenus par l’OMS sera évaluée auprèsde 250 volontaires,au CHUV et aux HUG

Les tests en Afrique débuteront en janvier

L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest est la plus sévère connue à ce jour. Le besoin d’un vaccin et de nouveaux remèdes se fait de plus en plus pressant. Deux produits expérimentaux soutenus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) seront testés ces prochaines semaines sur des humains dans différents pays. Dont la Suisse; l’agence onusienne a annoncé mardi à Genève que la moitié des quelque 500 volontaires au total seront recrutés en Suisse.

Le premier de ces deux vaccins, le «VSV-EBOV» développé par l’Office de la santé au Canada, sera évalué aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le second, le «cAd3-EBOZ» produit par l’entreprise britannique GlaxoSmithKline (GSK), sera testé au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne. Plusieurs études ont déjà montré l’efficacité de ces vaccins chez l’animal. Pour passer à l’homme, l’OMS n’attend plus que le feu vert des autorités nationales de santé – Swissmedic en Suisse.

En août, le Canada avait annoncé qu’il donnait 800 ampoules du vaccin «VSV-EBOV» à l’OMS. «Les vaccins arriveront ce soir à l’aéroport de Genève, a déclaré [mardi matin] Marie-Paule Kieny, chargée à l’OMS des thérapies et vaccins dans la crise Ebola. Ils y seront stockés pendant la nuit à –80 °C pour vérifier que tout est en ordre, avant d’être acheminés aux HUG mercredi» [aujourd’hui].

Ce vaccin candidat, dont la licence est détenue par la compagnie américaine NewLink Genetics, fait déjà l’objet d’une étude clinique de phase I aux Etats-Unis où dix volontaires ont été recrutés. Lors de cette première étape, seules l’innocuité et l’immunogénicité du vaccin, et non son efficacité, sont testées par injection chez des personnes non malades.

D’ici quinze jours, d’autres de ces tests de phase I seront lancés en Allemagne, au Gabon, au Kenya et à Genève sur un total de 250 volontaires. «Les HUG lanceront bientôt un appel à candidature pour recruter plus de 120 personnes», a expliqué l’experte de l’OMS. Cinq doses différentes du vaccin canadien seront évaluées.

Le même nombre total de volontaires, soit 250, sera appelé à participer au test de phase I pour le vaccin de GSK, dont la moitié à Lausanne, où deux doses du vaccin seront passées au crible. Celui-ci correspond à une forme atténuée (non virulente) d’un adénovirus de chimpanzé qui produit un bout du virus Ebola. Des tests similaires sont actuellement en cours aux Etats-Unis, en Angleterre et au Mali. «Il n’y a aucun risque pour les personnes volontaires de contracter la maladie d’Ebola, car seul un morceau inactif du virus est injecté», a précisé Marie-Paule Kieny.

Qui peut se porter volontaire? Comme pour d’autres vaccins, les tests de phase I sont réalisés sur des adultes entre 18 et 65 ans qui sont en bonne santé. A Genève et à Lausanne, il existe une limite de recrutement qui est de «15 volontaires par semaine pour les HUG et 25 pour le CHUV», selon Marie-Paule Kieny, qui a souligné aussi que «ces tests sont très importants pour déterminer non seulement l’innocuité du vaccin, mais surtout la dose qui sera utilisée pour le test d’efficacité».

En effet, la spécialiste de l’organisation onusienne a annoncé que les premiers résultats de l’étude de phase I sont attendus pour la fin de l’année, ce qui permettrait «très vraisemblablement» de lancer dès le début de 2015 les tests d’efficacité dans les trois pays africains touchés par Ebola. «Environ 10 000 doses seront envoyées en Afrique et testées sur une population cible, telle que les travailleurs les plus exposés, par exemple ceux qui enterrent les corps, ou la famille des malades.»

Se pose pour ces tests une question éthique liée au protocole du test lui-même, qui prévoit qu’un groupe contrôle d’individus reçoive un placébo à la place du vaccin. «Des discussions engageant des cliniciens et des éthiciens sont en cours pour déterminer le meilleur design d’étude possible.»

Outre le «VSV-EBOV» et le «cAd3-EBOZ», d’autres vaccins expérimentaux ont été mis au point et feront l’objet de tests prochainement. Notamment des produits en développement en Russie avec qui l’OMS est en discussion.

«Il n’y a aucun risque pour les volontaires de contracter la maladie»