médecine

L’or vert du docteur de Langnau

Un pharmacien vend des teintures de cannabis

L’or vert du docteur de Langnau

Au sous-sol de la Bahnhof Apotheke à Langnau, dans l’Emmental bernois, Manfred Fankhauser sort des fioles de verre du fond d’un coffre-fort. «C’est du dronabinol, du THC pur. On en fait de l’huile», explique l’homme en blouse blanche. Un gramme de cette substance coûte 1700 francs. Manfred Fankhauser protège son or vert derrière des portes blindées munies de codes et d’alarmes. «Comme dans une banque», dit le pharmacien à l’allure soignée, lunettes carrées et mèches blondes en bataille.

Sa pharmacie est une exception en Suisse. Elle commercialise ses propres médicaments à base de cannabis, sous forme d’huile et de teinture. Ces préparations magistrales ne nécessitent pas d’homologation de Swissmedic. En revanche, de la plante au patient, chaque étape requiert une autorisation de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Manfred Fankhauser s’est associé avec un chimiste, Markus Lüdi, qui prépare les teintures. Sous le contrôle de l’OFSP, ils cultivent 300 plantes dans un lieu tenu secret dans l’ouest de la Suisse, dissimulées dans un champ de maïs.

«Pas un remède miracle»

Dans la petite pièce sécurisée de la pharmacie, une assistante aligne les dossiers de patients, attribuant à chacun un petit flacon de dix millilitres de préparation à base de cannabis, l’équivalent de 350 gouttes. Le pharmacien saisit une fiche au hasard: A., 50 ans, doit prendre huit gouttes trois fois par jour pour traiter des douleurs chroniques. Chacune de ces doses contient 2,5 milligrammes de THC, contre 20 pour un joint. Pas de quoi rendre stone.

Depuis 2007, la Bahnhof Apotheke a délivré 1500 ordonnances pour des préparations à base de cannabis. Elle compte actuellement 500 patients, mais la demande est exponentielle. Les préparations au THC représentent désormais 20% du chiffre d’affaires de Manfred Fank­hauser. «Ces personnes ne font pas appel à nous pour des bagatelles», souligne-t-il. Le plus jeune patient a 1 an et souffre de violents spasmes musculaires. La plus âgée, 100 ans, traite une dépression chronique.

Les teintures du docteur Fank­hauser sont utilisées comme palliatif, souvent en dernier recours, pour remplacer des thérapies qui n’ont pas fonctionné ou des médicaments aux effets secondaires mal tolérés. La liste de symptômes est longue: spasmes de la sclérose en plaques, douleurs liées au cancer, neuropathies, maux fantômes après une amputation, perte d’appétit lors de chimiothérapie, Parkinson, épilepsie…

Un traitement coûte entre 200 et 500 francs par mois, selon les doses prescrites. C’est cher, «mais le coût de traitements pour ces pathologies lourdes dépasse souvent cette somme». Aux yeux du pharmacien, le grand avantage du chanvre tient à son risque faible: «Les effets secondaires sont mineurs et il n’existe pas de dose mortelle. Mais, ce n’est pas non plus un remède miracle.»

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