biologie

L’ouïe rendue à des souris sourdes

La grande majorité des troubles de l’ouïe ne peut à l’heure actuelle pas être soignée. Une nouvelle recherche montre pourtant qu’il est possible de régénérer les cellules sensorielles de l’oreille chez la souris, grâce à un traitement pharmacologique.

La surdité, une fatalité? Actuellement, la majorité des troubles de l’ouïe sont incurables. Certes, des aides auditives et des implants peuvent pallier les anomalies du système auditif et donc rétablir l’ouïe de manière artificielle… mais sans pour autant la «guérir». C’est pourquoi, dans de nombreux laboratoires, on tente aujourd’hui de mettre au point une méthode thérapeutique qui réparerait véritablement l’audition. Dans un article publié le 9 janvier par la revue scientifique Neuron, des scientifiques américains disent être parvenus à une importante avancée, en rendant partiellement leur ouïe à des souris sourdes.

Dans notre système auditif, comme dans celui de la souris, le son est d’abord capté par l’oreille externe, au niveau du pavillon, avant d’être acheminé jusqu’au tympan, qui répercute les ondes sonores jusqu’à l’oreille moyenne, composée de petits os articulés. Ensuite, ces vibrations parviennent jusqu’à la cochlée, une structure de l’oreille interne qui se présente sous la forme d’une spirale et qui comporte plusieurs milliers de cellules sensorielles, les cellules ciliées. Celles-ci transforment alors les vibrations en signaux électriques, envoyés vers le cerveau via le nerf auditif.

La majorité des troubles de l’audition sont liés à une destruction des cellules ciliées. Celle-ci peut avoir de multiples causes: le vieillissement d’abord, qui s’accompagne souvent d’une baisse des performances auditives, mais aussi l’exposition au bruit, à des infections, ou encore la prise de médicaments toxiques pour l’oreille, comme certains antibiotiques. Malheureusement, chez l’être humain, contrairement au poisson ou à l’oiseau, les cellules ciliées ne sont pas capables de se renouveler à l’âge adulte. C’est pourquoi leur perte s’accompagne d’un déficit irréversible de l’audition.

Depuis plusieurs années, des scientifiques étudient les mécanismes par lesquels les cellules ciliées apparaissent au cours du développement embryonnaire, dans l’espoir de les reproduire à l’âge adulte. L’équipe du chercheur américain Albert Edge, de l’Université Harvard, s’est rendu compte qu’il était possible de stimuler la croissance de nouvelles cellules ciliées dans des morceaux d’oreille de souris cultivés in vitro, en bloquant l’action d’une enzyme appelée «gamma-secretase», qui intervient dans une cascade de réactions cellulaires.

Restait à tester cette approche chez des animaux vivants. Pour cela, les chercheurs ont assourdi des souris, en les exposant à des niveaux sonores élevés, avant d’injecter à travers leur tympan une molécule thérapeutique capable d’inhiber la gamma-secretase. Résultat: de nouvelles cellules ciliées sont apparues dans l’oreille interne de ces rongeurs. Des méthodes de coloration ont permis aux chercheurs de montrer qu’elles étaient issues de la transformation de cellules de soutien, également présentes dans l’oreille interne.

Grâce à des enregistrements de l’activité du nerf auditif, les auteurs de l’étude ont prouvé que l’ouïe des souris s’était améliorée à l’issue du traitement. «Ces résultats montrent qu’il est possible de régénérer les cellules ciliées chez les mammifères, ce qui nous donne l’espoir d’offrir un jour un traitement aux personnes atteintes de surdité», estime Albert Edge.

D’autres scientifiques sont toutefois plus circonspects. Jean-Luc Puel, chercheur en neurosciences à l’Université de Montpellier, fait ainsi remarquer que ce n’est qu’une très faible récupération de l’ouïe qui a été observée chez les souris traitées. Quant à Jean-Philippe Guyot, médecin-chef du service oto-rhino-laryngologie des Hôpitaux universitaires de Genève, il fait valoir que les enregistrements pratiqués chez les souris ne permettent pas de savoir exactement ce qu’elles entendent. «Or une modification même très faible de la perception du signal sonore peut rendre l’interprétation de l’information impossible pour le cerveau», précise-t-il.

D’autres essais sont en cours pour tenter de régénérer les cellules ciliées chez des mammifères. L’une d’entre elles consiste à insérer un gène dans les cellules de soutien de l’oreille interne, afin de les forcer à se transformer en cellules sensorielles. Mais cette méthode n’offre pour l’instant que des résultats partiels. Que ce soit grâce à cette technique dite de thérapie génique, ou grâce à l’approche pharmacologique présentée dans l’article de Neuron, le chemin semble encore long jusqu’au traitement. D’autres approches pourraient cependant aboutir plus vite: «Par exemple, nous sommes désormais capables de ralentir la dégradation naturelle des cellules ciliées», précise Jean-Luc Puel. Cela pourrait être utile dans la prévention de la surdité liée au vieillissement.

Des enregistrements de l’activité du nerf auditif ont prouvé que l’ouïe des souris s’était améliorée

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