Animaux badass (4/5)

L’ourson d’eau, une mini-bestiole aux super-pouvoirs

Derrière ce nom mignon se cachent les tardigrades, organismes dotés d’exceptionnelles capacités de survie. Résistants au froid, à l’acide ou au sel, ils peuvent même subsister au vide intersidéral. Badass, forcément

Vous vous croyez puissants, vous les humains arrogants qui détruisez la planète? Mais vous ne nous aurez pas de sitôt, car nous, les oursons d’eau, ou tardigrades, sommes les véritables maîtres du monde. Tellement badass que nous avons survécu à plus de cinq cents millions d’années d’évolution.


«Badass»
Adjectif (anglais badass).
Se dit d’une personne ou d’un animal dont l’attitude, l’apparence ou le comportement extrêmes le rendent cool. Ex.: Chuck Norris. Syn.: dur à cuire.


Au rayon phylogénétique, nous sommes rangés dans le super-embranchement des ecdysozoaires, aux côtés des arthropodes – insectes, araignées, crustacés ou encore mille-pattes – et des vers nématodes. Le mot tardigrade vient de notre démarche lente, qui paraît-il ressemble à celle de l’ours. Nos quatre paires de pattes dotées de griffes ne nous permettent pas de suivre Usain Bolt au 100 mètres, et pour cause: nous ne mesurons que quelques dixièmes de millimètre pour la plupart. Mais notre lenteur ne nous a pas empêchés de coloniser toute la terre, des pôles à l’équateur, des sommets de l’Himalaya aux océans profonds. On nous trouve aussi dans les sources fumantes des régions volcaniques et dans vos gouttières.

Cryptobiose

Moi, comme la majeure partie de mes congénères – nous sommes environ un millier d’espèces –, je préfère la douceur des mousses et des lichens. Je trouve dans leur jus tout ce qu’il faut pour me nourrir. C’est le pasteur et naturaliste allemand Johann Goeze qui nous a dénichés le premier, en 1773. Mais l’abbé italien Spallanzani a été plus perspicace, puisqu’il a découvert, trois ans plus tard, le plus visible de nos super-pouvoirs: nous faisons les morts quand l’eau vient à manquer.

Comme vous, nous sommes constitués d’environ 80% d’eau. Mais en cas de pénurie, nous rétractons nos pattes et éjectons 99% du liquide avant de transformer notre carapace en une sorte de tonneau indestructible. Cela permet de survivre en attendant des jours – des décennies, parfois – meilleurs. Ce n’est pas de l’hibernation, c’est de la cryptobiose! En général, une déshydratation extrême endommage mortellement l’ADN. Mais nous avons inventé un truc qui le protège. Mieux, on produit aussi une molécule qui transforme nos entrailles en une espèce de verre biologique. Et le verre, c’est du costaud. La preuve? Une fois déshydratés, nous résistons à six mille fois la pression atmosphérique, six fois celle qui règne au fond de la fosse des Mariannes, où vous seriez écrasés comme des fétus de paille.

Résurrection

D’ailleurs, c’est simple, nous tenons tête à tout ce que vous pourrez imaginer pour nous nuire. Notre corps est enveloppé d’une sorte de combinaison NBC, le truc que vos soldats enfilent péniblement pour lutter contre les menaces nucléaires, bactériologiques ou chimiques. Sauf que nous n’avons pas d’appareil respiratoire, on capte l’oxygène à travers notre enveloppe, c’est plus pratique.

Plongez-nous dans l’alcool ou l’eau bouillante, on en rigole, du moins jusqu’à 150°C. Les acides, le sel, on s’en gausse. Le froid, on s’en moque: en 1983, des Japonais avaient enfermé deux d’entre nous – et un de nos œufs – dans un congélateur à –20°C. Trente ans et quelques plus tard, il a suffi d’un petit zeste de chauffage et quelques gouttes d’eau pour qu’on reprenne notre lente marche et que le petit sorte de son œuf. Eh oui, nous possédons aussi un antigel qui empêche nos cellules d’exploser au gel comme les vôtres. Bon, je dois avouer que l’un des deux oursons d’eau a tellement été secoué par la manip qu’il en a oublié de se nourrir quand on l’a réveillé. Le pauvre en est mort. L’autre a repris sa vie d’avant.

A ce propos, une bonne âme pourrait-elle prolonger l’expérience du congélateur pour qu’on reçoive enfin la médaille d’or, puisqu’il paraît qu’un ver nématode a résisté 39 ans au même traitement? Et moi, les nématodes, quand j’en rencontre, je les avale tout crus, c’est repas de fête. Au passage, sachez que le coup du congélateur est une broutille. Dans les années 1920, un moine bénédictin, Gilbert Rahm, a tout tenté avec des collègues pour nous déshydrater: ni l’air à –200°C pendant 21 mois, ni l’azote liquide à –253°C pendant 26 heures, ni même l’hélium liquide à –272°C pendant huit heures n’ont eu raison de nous. Nous sommes in-des-truc-tibles.

Oursons de l’espace

Il y a dix ans, des tardigrades ont même été expédiés en orbite terrestre, histoire de voir s’ils résisteraient à cet enfer mêlé de froid, de vide et de radiations. Mes cousins Richtersius coronifer ont trépassé, paix à leur âme. En revanche, des Macrobiotus tardigradum ont survécu! En 2011, d’autres congénères ont pu s’offrir une jolie balade à bord de la navette spatiale. Ils ont même réussi à pondre là-haut! Quand je vous dis que notre combi NBC est à toute épreuve! Nous survivons à des doses de radiations mille fois plus fortes que vous. Et hop, encore un super-pouvoir.

Vous êtes jaloux? Un peu de patience, vous pourrez peut-être en profiter: l’an dernier, des chercheurs japonais ont transféré certains de nos gènes à des cellules humaines, qui sont devenues 40% plus résistantes aux rayons X. Ça vous plairait de traverser le système solaire sans craindre l’irradiation?


 

Les précédents animaux tout mignons

Dossier
Les animaux les plus badass du monde sauvage

Publicité