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L'autorisation de mise sur le marché du glyphosate arrive à échéance le 30 juin.
© © Charles Platiau / Reuters

Pesticides

L'UE esquive le vote sur le glyphosate une deuxième fois

Les Etats restent divisés sur l'usage du désherbant potentiellement néfaste la santé. L'industrie phytosanitaire dénonce «une situation discriminatoire et politiquement motivée»

La Commission décidera ces prochains jours de la marche à suivre quant à l'utilisation du glysophate en Europe. Le temps presse. L’autorisation de vente de ce désherbant efficace, bon marché et très utilisé arrive à échéance le 30 juin prochain. Lors d’une réunion les 18 et 19 mai du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, puissant organe de l’UE, aucune majorité qualifiée ne s’est dégagée par les Vingt-Huit pour prolonger l'autorisation. Dès lors, aucun vote n’a eu lieu.

Bras de fer

C’est la deuxième fois que le comité a renoncé au vote sur ce dossier sensible. Il avait battu en retrait une première fois en mars. «La Commission prendra le temps de la réflexion et tirera les leçons de cet échec», a déclaré un porte-parole jeudi. L’enjeu n'est pas compliqué: sans nouvelle autorisation, tous les produits à base de glyphosate seront interdits dans l’Union. Ce sera aussi le cas en Suisse où 300 tonnes sont épandues chaque année dans les champs, les jardins privés, les parcs publics ou encore le long des routes et des chemins de fer.

C’est un véritable bras de fer qui s’est engagé ces dernières semaines en vue de la réunion de mercredi et jeudi. Dix-neuf Etats ont suivi l’avis de la principale organisation agricole européenne et sont favorables à prolonger l’autorisation. Les indécis – le Luxembourg et la Suède – avaient indiqué qu’ils s’abstiendraient d’un vote. L’Allemagne, l’Italie, la Slovaquie, l’Autriche, le Portugal n’ont pas précisé leur position. Seule la France, par la voie de plusieurs ministres (Environnement, Agriculture et Santé) a affirmé son opposition. «L'UE n’allait pas organiser un vote dont le résultat était imprévisible, explique un diplomate. Ce serait ouvrir la boîte de Pandore.» 

Dissensions européennes

Depuis plusieurs jours, les spéculations concernant l’Allemagne, poids lourd européen, allaient bon train. La coalition gouvernementale à Berlin est divisée sur la question et les partenaires, conservateurs et socio-démocrates, ne voudraient apparemment pas s'écharper sur le glysophate et en faire une raison de friction. Selon une source cité par l’AFP, la France et l’Italie auraient insisté hier sur la nécessité de conduire d’une étude de l’Agence européenne des produits chimiques, sur les effets de la molécule sur l’humain et sur l’environnement. La suspension du vote a été saluée par Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement, par un tweet qualifiant la suspension du vote de «très bonne nouvelle».

Les enjeux commerciaux, mais surtout les risques que représentent le glyphosate pour la santé et l’environnement pèsent lourd sur la décision des gouvernements. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé l’interdiction du produit incriminé sur la base d’une étude conduite par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), sis à Lyon et qui fonctionne sous l’égide de l’OMS. Dans son étude publiée l’an dernier, elle l'a classé comme un produit «probablement cancérigène pour les humains». Des tests ont montré la formation de plusieurs types de tumeurs sur des animaux exposés à cet herbicide.

Soupçons de conflits d'intérêt

Des dizaines d’autres études, reposant sur des méthodologies différentes, sont arrivées à des conclusions contradictoires. Notamment celle de l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) publiée en 2015 et qui a jugé «peu probable que le glyphosate soit cancérigène». Et du Joint Meeting on Pesticide Residues (JMPR), comité mixte Organisation mondiale de l’alimentation (FAO)- OMS qui dans un pré-rapport publié mardi dernier, a conclu qu’il est «peu probable que le glyphosate présente un risque cancérigène pour l’homme par l’alimentation». Dans cette bataille d'experts, les accusations de conflits d'intérêts se succèdent. Membres du JMPR, les chercheurs Alan Boobis et Angelo Moretto sont soupçonnés d'entretenir des activités indirectement rémunérées par des groupes agrochimiques. 

Dans l'autre camp, Christopher Portier, l’un des membres du CIRC, est également soupçonné d'avoir entrenu en secret des activités parallèles et rémunérées au sein d’un groupe anti-pesticide au sein du Environmental Defense Fund, une importante ONG américaine. C'est du moins ce que révèle une tribune publiée cette semaine sur le site du magazine Forbes.

La Commission européenne n’a pas ignoré les positions divergentes. Notamment celle du Parlement européen qui a voté, le mois dernier, en faveur de la prolongation, mais limitée à sept ans seulement et à condition que le produit soit banni des parcs publics et de jardins d’enfants. Les Verts réclamaient une interdiction pure et simple au nom du principe de précaution. Dans un souci de compromis, la Commission a recommandé une prolongation de dix ans seulement, contre quinze auparavant. 

Le report du vote de jeudi a été critiqué par Glyphosate Task Force (GTF), le lobby des fabricants de produits phytosanitaires, emmené le géant américain Monsanto. Il dénonce le retard pris dans les dernières étapes pour une nouvelle autorisation. «Nous estimons que la situation actuelle est discriminatoire, disproportionnée, injustifiés et politiquement motivée», écrit son président Richard Garnett. 

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