Glasnost en vue? Le climat a l’air de se radoucir entre l’Union européenne et les pays tiers participant à son programme-cadre de recherche Horizon Europe. D’après des informations du site Science Business, Bruxelles pourrait finalement laisser la porte ouverte aux Etats tiers désirant participer aux projets relevant des domaines de l’aérospatiale ou des technologies quantiques. De quoi rassurer les chercheurs suisses, israéliens ou britanniques, inquiets de s’en voir refuser l’accès.

Cela fait des mois que le flou et l’inquiétude gagnent les chercheurs issus de la quinzaine d’Etats tiers de l’UE. Ils sont menacés d’êtres exclus des pans jugés stratégiques de la science européenne que sont le spatial et le quantique. A noter que ce dossier n’est pas directement lié à la rupture des négociations sur l’accord-cadre institutionnel entre la Suisse et l’UE, mais constitue une épine de plus dans le pied des chercheurs suisses, qui craignaient déjà pour leur avenir au sein de la science européenne.

Le débat embourbe le programme Horizon Europe et ses 95,5 milliards d’euros de subventions à distribuer entre 2021 et 2027. Horizon Europe inclut de nombreuses bourses scientifiques, des prestigieux crédits de recherche européens (ERC) aux grands projets amiraux, les «flagships» tels que le Human Brain Project ou, justement, le Quantum Flagship dédié aux technologies quantiques dans lequel la Suisse est fortement impliquée depuis 2018. Plusieurs projets ont déjà été lancés et financés à hauteur de 130 millions de francs pour la période 2018 à 2021, et parmi ceux-ci deux sont pilotés depuis l’Université de Genève et le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel. Les chercheurs helvétiques concernés craignent d’être écartés des phases suivantes et sont dans l’expectative depuis plusieurs mois, comme nous l’expliquions début mai.

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Le débat agite deux camps. D’un côté, des voix protectionnistes veulent faire de «l’Europe first», et tant pis pour les non-membres. Les secteurs des technologies quantiques et de l’espace sont en effet hautement stratégiques: Etats et UE injectent des milliards dans la recherche – ils veulent rester compétitifs face à la Chine, aux Etats-Unis, et aux GAFA – et désirent logiquement protéger leurs investissements aux yeux des pays étrangers.

En face, des pays tels que l’Allemagne optent pour une approche plus coopérative, soulignant la plus-value que représentent ces Etats pour l’Europe.

Des «garanties» à fournir

Inclura, inclura pas? Le statu quo est tel qu’il a retardé plusieurs fois les appels à projets, censés démarrer en janvier avec le lancement officiel de Horizon Europe. On les attendait avant l’été, ils n’arriveront vraisemblablement «pas avant octobre, voire début 2022», selon l’une de nos sources.

Média spécialisé en politique scientifique, bien renseigné sur ce dossier, Science Business déclare qu’un «compromis aurait été trouvé» entre le bloc des Vingt-Sept et les pays tiers. D’après ses informations, les laboratoires situés dans ces pays pourront bien être candidats aux 21 appels à projets concernés en quantique et en spatial, sous réserve de fournir des «garanties quant à la protection des intérêts stratégiques de l’UE, de son autonomie ou de sa sécurité», résume l’article.

Concrètement, des accords bilatéraux devront être signés individuellement entre l’UE et chaque Etat tiers dans les prochains mois. Pour l’heure, les garanties à fournir ne sont pas définies. La Commission européenne, qui n’a toujours pas confirmé cette information, devrait donner plus de précisions bientôt, de même que les Etats membres, qui auront leur mot à dire.

Physicien à l’Université de Cologne et coordinateur au sein du Quantum Flagship, Tommaso Calarco confirme au Temps qu’une fois ces accords validés, rien n’empêchera de monter des consortiums avec des institutions de pays tiers.

Cette décision de la Commission pourrait en outre donner un nouvel élan aux discussions actuellement en cours entre l’UE et les Etats tiers quant à leur statut exact au sein d’Horizon Europe. Entre le Brexit et la rupture des négociations décidée par Berne fin mai, le Royaume-Uni et la Suisse sont particulièrement concernés.