Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Les venins de mygale contiennent 200 à 300 toxines différentes.
© Mathias Benguigui

Exposition

L'usage du poison, une histoire humaine

Armes de mort, philtres d’amour ou remèdes: une exposition au Musée des Confluences de Lyon rend compte de la richesse des usages que l’être humain fait des substances toxiques

Venenum, c’est le nom latin signifiant autant venin, breuvage magique, substance dangereuse que médicament. L’exposition du même nom qui se tient au Musée des Confluences à Lyon a pour parti pris d’explorer sous ses multiples facettes le rapport de l’homme au poison. «Armes de mort, philtres d’amour ou remèdes, le poison est autant objet de fascination que de répulsion», souligne Hélène Lafont-Couturier, directrice du musée lyonnais.

Conçue par un comité scientifique pluridisciplinaire convoquant l’histoire, la biologie, la pharmacologie et l’anthropologie, elle décline les usages des poisons à travers les âges et les cultures, à la croisée entre état des connaissances et des techniques, enjeux sociétaux et pratiques culturelles.

Dès le début de l’exposition, le visiteur est invité à redécouvrir les grandes figures de l’empoisonnement, de Cléopâtre à Socrate dans l’antiquité aux célèbres empoisonneuses ayant défrayé la chronique judiciaire aux XIXe et XXe siècles, en passant par les personnages influents de la renaissance italienne, âge d’or des poisons. Son intérêt est de faire résonner ces récits mythiques avec l’histoire contemporaine afin de questionner les nouvelles significations du terme venenum.

Gaz moutarde et agent orange

La révolution chimique, au XXe siècle, a permis de renouveler les formules et les usages du poison et d’en démultiplier la portée, servant tant ses intentions de nuire, que celles de guérir. Produits de la complicité entre l’Etat, l’armée et l’industrie, les armes chimiques sont ainsi capables de tuer à grande échelle, sans distinction des cibles.

Une série de vidéos présentées dans l’exposition permet de mieux comprendre les enjeux et les effets de ces armes, qu’il s’agisse du gaz moutarde utilisé durant la première guerre mondiale, du Zyklon B utilisé dans les camps d’extermination nazis, de l’agent orange au Vietnam ou des récentes attaques à l’arme chimique en Syrie.

Lire aussi: «A Idlib, ils ont respiré la mort»

«A la fin du XIXe siècle, l’Allemagne était en avance en matière de chimie de synthèse, ce qui lui a permis de mettre au point le gaz moutarde. Il a ensuite été utilisé par les Français comme par les Allemands», rappelle la biologiste Francelyne Marano, de l’Université Paris Diderot et du comité scientifique de l’exposition. Le gaz sarin, employé en Syrie, a été mis au point en 1939, dans le cadre de recherches sur de nouvelles armes neurotoxiques, agissant sur le système nerveux.

Par les subtiles modifications qu’elle permet, la chimie peut aussi conférer à ces mêmes molécules un pouvoir bénéfique. Le gaz moutarde fut transformé après la Première Guerre mondiale en anticancéreux, après lui avoir fait perdre sa volatilité. Une modification chimique du gaz sarin a également permis d’en détourner l’usage en insecticide.

Venins de mygale

Mais la nature demeure la plus importante pourvoyeuse de poisons et de médicaments. «On est toujours en quête de molécules extraites de produits naturels, qu’il s’agisse d’animaux, de végétaux ou de bactéries. Ce qui est nouveau, c’est l’exploitation d’organismes des fonds marins comme les algues unicellulaires ou encore l’identification de toxines dans les venins de mygale, parmi les 200 à 300 qu’ils contiennent», explique un autre membre du comité scientifique, le chimiste Denis Richard.

Lire aussi: Du venin dans une pilule

«Les progrès de la chimie et des biotechnologies permettent de séparer ces toxines, d’étudier leurs propriétés et de les synthétiser par génie génétique», poursuit le scientifique. Le Paclitaxel, extrait de l’écorce d’if, et doté de propriétés anticancéreuses, est ainsi produit par génie génétique et commercialisé pour le traitement de certains cancers, dont le cancer du sein.

Pour illustrer l’omniprésence des venins dans la nature, l’exposition présente une sélection des pièces des collections du Musée des Confluences, ainsi que des spécimens vivants de mygales, serpents, batraciens et poissons prêtés par l’Aquarium de Lyon. Le visiteur pourra ainsi s’émerveiller devant le dendrobate à tapirer, une minuscule rainette tropicale de couleur bleu pétrole, dont certaines tribus d’Amazonie extraient un poison pour en enduire les pointes de leurs flèches.

Perturbateurs endocriniens

L’exposition ne manque pas non plus de questionner les nouvelles significations du terme venenum. Présents à faible dose dans notre environnement, les perturbateurs endocriniens et les pesticides agissent à long terme par effet cumulatif. Ces propriétés inédites ébranlent le dogme reliant la dose au poison.

Par le jeu des perspectives, des animations poétiques projetées sur les murs et de la variété des formes d’exploration du sujet, l’exposition suggère la réflexion plutôt qu’elle ne l’impose. Et invite le visiteur à s’emparer de la thématique pour questionner les choix sociétaux par lesquels une même substance peut être tantôt bénéfique, tantôt maléfique.


«Venenum, un monde empoisonné». Musée des Confluences à Lyon, jusqu’au 15 avril 2018

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sciences

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

Chaque année, 350 millions d’hectares de forêts, friches et cultures sont ravagés par des incendies, soit la taille de l’Inde. L’astronaute allemand Alexander Gerst partage sur Twitter sa vue panoramique sur le réchauffement climatique depuis la Station spatiale internationale

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

This handout picture obtained from the European Space Agency (ESA) on August 7, 2018 shows a view taken by German astronaut and geophysicist Alexander Gerst, showing wildfires in the state of California as seen from the International Space Station…
© ALEXANDER GERST