Santé

La lutte contre le paludisme stagne, faute de moyens

Après des années de déclin, les cas de mortalité liés à la maladie parasitaire n’ont plus baissé significativement depuis 2015. L’Organisation mondiale de la santé s’en inquiète, à l’occasion de la publication de son rapport annuel sur le paludisme dans le monde

Toutes les deux minutes sur la planète, un enfant de moins de 5 ans meurt du paludisme (ou malaria), et ce, malgré l’existence de traitements et d’outils de prévention. Un constat tout simplement inacceptable, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui publie, ce lundi 19 novembre, son rapport annuel sur le paludisme dans le monde.

En 2017, près de 219 millions d’individus ont été touchés par cette maladie parasitaire transmise par des moustiques infectés. Responsable de près de 435 000 décès chaque année, le paludisme se manifeste, dans un premier temps, par des symptômes modérés, comme de la fièvre, des maux de tête, ou des vomissements. A ce stade, les personnes affectées, si elles sont rapidement prises en charge et lorsqu’elles ont déjà acquis une certaine immunité, ont toutes les chances de s’en sortir.

Les 3,1 milliards de dollars investis chaque année dans la lutte contre le paludisme sont loin des 6,6 milliards nécessaires

Faute de soins suffisants, la malaria peut évoluer vers une pathologie mortelle, pouvant engendrer des troubles neurologiques, de l’anémie sévère ou encore une défaillance des organes. Les femmes enceintes et les enfants en bas âge sont particulièrement vulnérables, ces derniers ayant représenté, l’année dernière, 61% des décès associés à la malaria dans le monde.

Bilan inquiétant

Aujourd’hui, 15 pays d’Afrique subsaharienne, ainsi que l’Inde, concentrent près de 80% du nombre total de cas de paludisme; parmi ces pays, cinq, à eux seuls, ont enregistré près de la moitié des cas: le Nigeria (25%), la République démocratique du Congo (RDC) (11%), le Mozambique (5%), l’Inde (4%) et l’Ouganda (4%).

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Bien qu’elle relève quelques avancées encourageantes dans la lutte contre la maladie – le nombre de pays proches de l’éradication complète étant en augmentation –, l’OMS n’en demeure pas moins très inquiète lorsqu’il est question de tirer un bilan global: «En novembre 2017, j’indiquais déjà à la communauté internationale que les progrès antipaludiques avaient cessé et que nous risquions de compromettre les acquis de ces vingt dernières années, écrit Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, en préambule du rapport. Un an après, les données confirment que nous ne sommes pas en bonne voie pour atteindre deux objectifs essentiels de la Stratégie technique de lutte contre le paludisme 2016-2030: à savoir réduire de 40% l’incidence du paludisme, et la mortalité associée par rapport aux niveaux de 2015.»

Deux aspects se révèlent particulièrement alarmants. D’un côté, certains des pays les plus durement touchés ont rapporté une hausse du nombre de cas en 2017 en comparaison à 2016. Le Nigeria, Madagascar et la RDC ont enregistré les plus fortes augmentations, estimées à plus d’un demi-million de cas. A l’exception de l’Asie du Sud-Est, où l’incidence continue de baisser, toutes les autres régions touchées par cette affection ont fait part de progrès très modestes, laissant sous-entendre un effet plateau depuis 2015.

Stratégie agressive

Par ailleurs, le niveau d’investissement dans la lutte contre le paludisme reste inadéquat, selon l’OMS. L’année dernière, les gouvernements des pays endémiques et les partenaires internationaux ont accordé quelque 3,1 milliards de dollars – les Etats-Unis se situant en tête des bailleurs de fonds avec 1,2 milliard investi en 2017 –, mais cela n’est pas suffisant. «Pour pouvoir atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, le financement pour lutter contre le paludisme devrait s’élever au moins à 6,6 milliards de dollars par an d’ici 2020», estime Pedro Alonso, directeur du programme mondial de lutte antipaludique.

Résultat, près de 13,6 millions d’enfants qui auraient pu bénéficier de programmes de chimioprévention du paludisme saisonnier n’y ont pas eu accès, faute d’investissements suffisants. Les sommes allouées à la recherche et au développement ont par ailleurs également diminué.

Pour tenter de contrer l’absence de progrès significatifs entre 2015 et 2017, l’OMS a décidé d’adopter une approche plus agressive, dénommée «High burden to high impact», qui entend «galvaniser les volontés politiques nationales et internationales dans la réduction de la mortalité liée au paludisme, mais aussi promouvoir une utilisation plus stratégique des informations à disposition», ou encore «une meilleure utilisation des ressources financières». «On ne peut plus se contenter du «business as usual», explique Kesete Admasu, ancien ministre de la Santé éthiopien et actuel directeur exécutif du programme Roll Back Malaria. Il est impératif d’amener des réponses différentes de ce que l’on a fait jusqu’à aujourd’hui si l’on veut espérer pouvoir combattre l’un des défis de santé les plus importants auquel nous faisons actuellement face.»

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