épidémies

La lutte globale contre le sida marque le pas

Les Nations unies lancent une «alerte solennelle» alors que le nombre de nouvelles infections ne baisse pas au rythme escompté et que les contributions internationales demeurent insuffisantes

C’est un cri d’alarme qu’a lancé l’Onusida, ce 18 juillet à Paris. Le Programme des Nations unies sur le VIH/sida alerte sur le décrochage de la riposte mondiale contre ce fléau, à l’occasion de la publication de son rapport 2017.

La crise est triple. Elle concerne les politiques d’investissement, les stratégies de prévention et l’engagement auprès des enfants. Dans un discours limpide et structuré, étayé par de nombreux chiffres, Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida, a dressé un état des lieux saisissant de la pandémie.

Dans plus de 44 pays, le nombre des nouvelles infections est reparti à la hausse

«Pour la première fois, nous présentons ce rapport avec des représentants de la société civile (dont l’association Aides et Coalition Plus, une union internationale d’ONG communautaires).» Une manière forte d’affirmer l’importance, dans ce combat, des communautés. «D’emblée, elles nous ont aidés à briser la conspiration du silence», a relevé Michel Sidibé.

Le premier blocage est financier. «Je constate une baisse des investissements globaux dans cette lutte, a-t-il déploré. Par rapport à l’ensemble des ressources dont nous avons besoin, le déficit est de 20%.» Le soutien des pays riches, en particulier, fait défaut.

Décès au plus bas

Pour autant, cette lutte a enregistré de beaux succès. En 2017, 21,7 millions de personnes ont eu accès aux traitements antirétroviraux. «Il y a quelques années, personne n’aurait cru cela possible!» Conséquence du déploiement de ces thérapies, le nombre de décès liés au sida en 2017 est le plus bas enregistré depuis le début de ce siècle: il a été de 940 000, après avoir chuté en dessous du million en 2016. «Sans doute sommes-nous un peu victimes de ces résultats. Ce n’est pourtant pas le moment de baisser la garde», a insisté le directeur exécutif.

Nous constatons une baisse significative du ralentissement du nombre des nouvelles infections

Michel Sidibé, Onusida

Une lueur d’espoir: «Le président Macron a pris la responsabilité de reconstituer le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.» De fait, la France accueillera la conférence du Fonds mondial en 2019. «Nous demandons au président Macron de jouer pleinement le rôle de premier de cordée en mobilisant dès maintenant ses homologues internationaux pour obtenir des contributions à hauteur de 14,5 à 18 millions de dollars», a déclaré Aurélien Beaucamp, président d’Aides et administrateur de Coalition Plus. Car il y a «de premiers signes très inquiétants» de reprise de l’épidémie: dans plus de 44 pays, le nombre des nouvelles infections est reparti à la hausse.

Populations clés

Seconde carence: la prévention. «Nous constatons une baisse significative du ralentissement du nombre des nouvelles infections», souligne Michel Sidibé. Pourquoi? «Nous n’avons pas pu mettre assez tôt les personnes infectées sous traitement.» Or la moitié des transmissions ont lieu avant la mise sous traitement. En Afrique de l’Ouest et du Centre, par exemple, 1,4 million de personnes se savent séropositives, mais n’ont pas accès aux antirétroviraux. Autre difficulté, «nos programmes de prévention ont du mal à atteindre les populations clés: migrants, usagers de drogues, travailleurs du sexe, hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes…», résume Michel Sidibé. Quarante-sept pour cent des nouvelles infections se produisent au sein de ces populations et de leurs partenaires.

Certains Etats sont plus touchés. «Qui aurait pensé que la Russie serait en 2017 le troisième pays avec le plus de nouvelles infections, après l’Afrique du Sud et le Nigeria?» L’Europe de l’Est et l’Asie du Centre sont aussi les parents pauvres de cette prévention.

La question des enfants

La troisième ligne de faille concerne les enfants. Ils sont les «laissés-pour-compte» de cette lutte, a martelé Michel Sidibé. «Je lance un appel très fort pour que la transmission de la mère à l’enfant soit éliminée.» C’est faisable, assure-t-il. Mais en 2017, le nombre de ces transmissions n’a baissé que de 8%. Il y a encore eu 180 000 nouvelles infections et 110 000 décès liés au VIH chez les moins de 15 ans.

Poursuivant son vibrant plaidoyer, l’expert a milité pour de nouveaux programmes de lutte contre les violences faites aux femmes (35% sont concernées, alors même qu’elles augmentent le risque d’infection par le VIH), pour le déploiement de programmes d’éducation à la sexualité, et pour des stratégies de prévention comme la PrEP, ou «prophylaxie pré-exposition» (fondée sur l’utilisation d’un antirétroviral à prendre de manière préventive lors d’une exposition au risque).

Mettre fin à l'épidémie avant 2030

«Oui, nous devons investir dans cette stratégie qui a montré son efficacité à Londres et à San Francisco. En Afrique du Sud, par exemple, 53% des travailleuses du sexe sont séropositives: il faut que ces femmes aient accès à la PrEP.»

Cette «alerte solennelle» entend donc interpeller les principaux acteurs de cette lutte, à l’avant-veille de la conférence internationale sur le sida (IAS), du 22 au 27 juillet à Amsterdam. Sans un regain de solidarité des Etats les plus riches, les objectifs de contrôle de l’épidémie fixés pour 2020 seront manqués. Mais «nous nous battrons pour mettre fin à cette épidémie d’ici à 2030», a conclu l’ardent champion de cette cause.

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