Avis d'encombrement sur le périphérique martien. Les départs depuis la Terre s'annoncent nombreux cet été en raison notamment d'une exceptionnelle conjonction entre les deux planètes qui ne survient que tous les dix-sept ans. En août 2003, elles se trouveront en effet à moins de 56 millions de kilomètres l'une de l'autre. Pas étonnant dès lors qu'Européens et Américains aient réservé cette date pour envoyer leurs sondes d'exploration qui devraient arriver à destination entre décembre 2003 et janvier 2004. Les premiers lanceront Mars Express/Beagle 2, alors que les seconds comptent faire atterrir deux véhicules automatiques semblables au Rover de Pathfinder, mais possédant une autonomie et une maniabilité beaucoup plus grande. Ce trafic est encore accru par la présence du vaisseau japonais Planet-B Nozomi – parti fin 1998, mais qui a pris du retard et ne devrait atteindre l'orbite de Mars que dans 12 mois – et des deux sondes américaines déjà sur place, Mars Global Surveyor et 2001 Mars Odyssey.

Où est passée l'eau?

Mars Express est le premier appareil européen à se lancer dans l'aventure martienne. Il emporte avec lui le petit vaisseau secondaire Beagle 2, qui se posera sur la planète rouge. En gros, l'essentiel de leur mission se résume à l'activité d'un sourcier. L'ensemble de leurs instruments de mesures doit contribuer à résoudre l'énigme: «Où est passée l'eau qui a un jour coulé sur Mars?»

Tout indique en effet que le précieux liquide était présent sur la voisine de la Terre en des temps très reculés. Selon les chercheurs, certaines vallées et formations géologiques mises en évidence par les clichés haute résolution de Mars Global Surveyor n'ont pu être créées que sous l'action de l'eau. Et si cette dernière a existé, elle aurait peut-être permis l'apparition de la vie. Ce scénario est si attrayant qu'il a convaincu plusieurs gouvernements de se lancer dans la ruée vers Mars qui va battre cette année tous les records.

Seulement, la quête de l'eau n'est pas simple. Il y a 3,8 milliards d'années, un brusque changement climatique, de cause inconnue, a transformé la surface martienne en ce désert froid et ocre que l'on connaît aujourd'hui encore. Des traces d'eau ont été détectées dans l'atmosphère et dans les calottes polaires, mais en des quantités trop faibles pour expliquer la disparition des rivières et lacs qui ont façonné le paysage. Pour les spécialistes, il n'y a que deux possibilités. Soit l'eau s'est évaporée et elle est irrémédiablement perdue dans l'espace, soit elle s'est infiltrée dans le sol où elle est désormais stockée. Et si elle est descendue assez profondément sous la surface, la pression exercée par la roche pourrait même assurer une température suffisante pour qu'elle demeure liquide.

Les données récentes de 2001 Mars Odyssey, qui est actuellement en pleine activité, semblent indiquer que, dans les premiers mètres sous la surface, il y aurait de l'eau sous forme de glace, surtout aux pôles. La nouveauté apportée par Mars Express sera de pousser les investigations plus loin. Un radar embarqué à bord devrait notamment pouvoir détecter de l'eau liquide jusqu'à quelques kilomètres sous la surface. Par ailleurs, la sonde européenne étudiera la géologie, les courants météorologiques et l'interaction entre l'atmosphère et l'espace. Beagle 2, quant à lui, analysera et scrutera au microscope les cailloux qui se trouveront à portée de son bras robotique, toujours dans l'espoir de retrouver d'anciennes traces de vie ou, du moins, de matière organique.