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Des particules de poussières zurichoises au microscope
© EMPA

Environnement

«A masse égale, la pollution de l’air peut être plus nocive en Suisse qu’en Chine»

Alors que la nouvelle ordonnance sur la protection de l’air est entrée en vigueur le 1er juin, une étude zurichoise montre que la composition des particules joue un rôle aussi important que leur quantité, mais elle n’est pas prise en compte dans la loi

Qui de la Chine ou de la Suisse a l’air le plus pollué? Une étude menée par Jing Wang et son équipe pour le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche à Zurich (Empa) a comparé les particules présentes dans l’air à différents points de mesure à Zurich et à Pékin. Sans surprise, la quantité de poussières fines est plus élevée dans la cité chinoise. Cependant, à concentration égale, certains types de particules récoltés à Zurich étaient plus nocifs pour la santé. Ari Setyan, l’un des auteurs de l’étude, met en lumière les risques pour la santé de ces particules.

Le Temps: Que montrent vos analyses de la qualité de l’air en Suisse?

Ari Setyan: Les concentrations de particules en suspension que nous avons enregistrées étaient relativement faibles, toujours en dessous des valeurs limites. Cependant, nous avons remarqué la présence dans l’air de composants particulièrement nocifs pour la santé. Parmi ceux-ci figurent des métaux, qui viennent de la combustion d’énergies fossiles, de la production de métal et de l’incinération de déchets. Nous avons également relevé la présence de fortes quantités d’endotoxines (des toxines issues de la membrane de certaines bactéries, ndlr) près d’une ferme avec des vaches.

Que dit la comparaison avec les résultats à Pékin?

Selon les deux échantillonnages que nous avons faits dans chaque ville, il y avait beaucoup plus de particules fines dans la ville chinoise que dans la ville suisse. En revanche, nous avons constaté avec surprise que les particules récoltées à Zurich avaient à quantité égale un plus grand potentiel oxydant que celles récoltées à Pékin, avec des conséquences potentiellement plus graves. Le potentiel oxydant est une mesure de l’effet nocif des poussières fines. Les substances agressives pour le corps y déclenchent un stress oxydatif et une réaction du système immunitaire.

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L’air suisse est donc plus nocif que le chinois?

Non, on ne peut pas exactement dire cela. En effet, nous n’avons effectué que deux échantillonnages en Suisse sur des endroits très précis, dans la banlieue zurichoise et dans la campagne près de Winterthour, ainsi que deux échantillonnages en Chine, sur un campus universitaire et près d’un axe de circulation important. On ne peut donc pas généraliser les résultats obtenus à l’ensemble du pays, car ils sont dépendants de paramètres très locaux. Par exemple, la grande teneur en fer des particules fines enregistrées dans l’air à Zurich s’explique par l’érosion des rails de la voie ferrée adjacente. De manière générale, la qualité de l’air est bien meilleure en Suisse qu’en Chine, il n’y a pas photo.

Quels sont les risques pour la santé?

Les endotoxines et des métaux comme le plomb, le cadmium et l’arsenic qui figurent parmi les particules fines génèrent un stress oxydant pour l’organisme, ce qui peut déboucher sur un risque accru d’inflammation pulmonaire. Les personnes exposées peuvent subir un déclin des fonctions pulmonaires, des bronchites chroniques ou des symptômes asthmatiques. Il y a également des risques pour l’environnement, car les poussières finissent par retomber sur le sol. Elles peuvent alors polluer des zones sensibles comme les rivières ou les zones agricoles. Par ailleurs, les particules sont également directement responsables de la diminution de la visibilité, comme on le voit parfois sur les photos de Pékin lors d’épisodes sévères de pollution.

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Une nouvelle ordonnance fédérale sur la protection de l’air est entrée en vigueur le 1er juin dernier. Que dit-elle de la pollution aux particules fines?

Elle introduit des valeurs limites de concentration pour les particules plus petites. Jusque-là, seule la concentration de particules en dessous de 10 microns, ainsi que quelques gaz et métaux spécifiques, était réglementée. Désormais, des valeurs limites sont aussi fixées pour les particules en dessous 2,5 microns. Cela signifie que le contrôle de la qualité de l’air est plus strict. Cependant, prendre en compte la concentration de particules dans l’air n’est pas suffisant. En Suisse, même si les concentrations totales de particules sont inférieures aux normes légales, elles peuvent quand même être chargées en certains composés qui peuvent provoquer des effets néfastes sur la santé.

Faudrait-il adapter la loi?

La loi est déjà bien faite en Suisse, mais si l’on veut aller plus loin, il faut analyser de manière locale la composition chimique des particules fines, et introduire des standards pour des composés spécifiques, et non plus seulement des concentrations limites de poussières. C’est seulement ainsi qu’on pourrait être sûr que les particules auxquelles nous sommes exposés ne sont pas dangereuses pour la santé. Par contre, cela générerait des coûts importants.

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