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Matthias Egger. (FNS, C. Achter)

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Matthias Egger: «Les universités ont compris qu'elles devaient changer»

Sans mâcher ses mots, le président du Fonds national suisse donne sa vision du «Publish or perish» et évoque ses plans d’amélioration

Le Temps: Que pensez-vous du système qui règne aujourd'hui du Publish or perish?

Matthias Egger: Le problème est qu'aujourd'hui, ce système fait que la quantité est plus importante que la qualité. L'impact factor donne le nombre de citations moyennes d’un journal. Or ce qui compte c’est l’impact de l’article mais pas l’impact du journal qui l'a publié! Prenez le lauréat du Prix Nobel de chimie en 2002, Kurt Wüthrich, de l'Ecole polytechnique de Zurich – il m'a écrit récemment. Il a publié des travaux très importants, dans des revues avec un impact factor assez bas. Mais ses travaux ont été cités des milliers de fois car ils sont importants et novateurs. C'est une méthode très peu scientifique et naïve et inadéquate que de prendre une revue comme mesure. Il faut changer de culture dans ce domaine, et je suis convaincu qu'on est en train de le faire.

Le Fonds national suisse a adopté la Déclaration DORA, qui veut abandonner la prise en compte du facteur d’impact...

Oui, et nous ne sommes pas les seuls. Le Wellcome trust, le National Health System aux Etats-Unis changent leurs critères et sont en train d'abandonner le facteur d'impact. Il faut examiner la qualité des travaux, des projets, on va d'ici un an ou deux introduire un système encore plus proche de DORA. Les chercheurs qui demandent des fonds devront se concentrer sur leurs cinq travaux les plus importants et expliquer pourquoi leur travail est important, quelle est leur contribution personnelle. C'est cela qui doit permettre de les juger d'une manière profonde. Il y a une tendance chez les bailleurs de fonds à trouver une nouvelle approche plus scientifique. Je suis dans la commission qui décide des embauches à l'Université de Berne, les universités ont compris qu'il fallait changer.

De plus en plus de chercheurs sont désireux que leurs travaux soient accessibles au grand public. Qu'attendez-vous de la révolution numérique?

Le FNS va introduire un nouveau plan dont le but est qu'en 2020, toutes les publications qu’il finance soient en open access. Aujourd'hui on en est à 47% et je ne le supporte pas. Le frein au changement est le modèle trop profitable des éditeurs. Le CEO d'Elsevier gagne 15 M par an – comment peut-on justifier ça? Qui finance la recherche, qui paie les articles, qui paie les abonnements, ce sont toujours les citoyens. Ce n'est pas acceptable.

Quel conseil donnez-vous aux jeunes chercheurs?

Qu'ils prennent le temps de faire un bon travail, et qu'ils n'entrent pas dans ce «Publish or perish». Cela passe par leur donner une indépendance aussi rapide que possible. Je pousse les universités à ce changement de culture. Dans cinq ans, beaucoup aura changé. On a besoin d’un débat public sur ces questions.

 

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