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La Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie seraient les seules parties émergées d’un continent submergé bien plus vaste.
© antartis/123RF

Géologie

Mauritia, Zealandia… une avalanche de nouveaux continents?

Des géologues ont annoncé la découverte de deux continents jusqu’alors inconnus. Comment est-ce possible? En fait, la définition d’un continent laisse la place à de nombreuses interprétations

Ce n’est pas tous les jours que les journaux scientifiques annoncent d’aussi grandes nouvelles. Deux nouveaux continents auraient été découverts rien que ce mois. D’abord Mauritia, un mystérieux continent englouti sous l’océan Indien, puis Zealandia, quasi submergé dans l’océan Pacifique. Mais est-ce que ces terres reposant au fond des eaux peuvent vraiment être considérées comme des continents? La question n’est pas que rhétorique, car elle cache des enjeux économiques de taille.

En géologie, le modèle communément admis compte six continents: Amérique du Nord, Amérique du Sud, Eurasie, Afrique, Océanie et Antarctique. Quatre critères usuels définissent un continent géologique, à savoir: monter à des altitudes relativement élevées par rapport au niveau du fond océanique; contenir une variété de trois types de roches dites ignées, métamorphiques ou sédimentaires selon leur nature; posséder une croûte plus épaisse et moins dense par rapport à celle des plaques océaniques environnantes; et finalement avoir des limites bien définies autour d’une superficie suffisamment grande pour être qualifié de continent. Une définition peu stricte et non chiffrée qui peut être interprétée de différentes manières…

Microcontinent disparu

Au début du mois, une première étude parue dans «Nature Communications» annonçait la mise au jour de Mauritia dans l’océan Indien. Des chercheurs ont découvert des cristaux de zircon datés de trois milliards d’années sur l’île Maurice. La roche qui constitue l’île est pourtant beaucoup plus récente. Ces minéraux proviendraient donc d’un continent qui n’existe plus. Selon leurs calculs, Mauritia aurait disparu sous l’océan Indien il y a 85 millions d’années. Mais comme sa taille serait seulement équivalente au quart de la surface de l’actuelle Madagascar, il s’agirait plutôt d’un microcontinent. Petit et disparu, Mauritia ne mérite donc plus vraiment le terme de continent…

Lire aussi: Dans l’océan Indien, un mystérieux continent englouti

Septième continent

De son côté, le journal de la Société américaine de géologique GSA Today présentait en début de semaine ce qu’elle qualifie de «septième continent», appelé Zealandia. Il s’étendrait sur 4,9 millions de kilomètres carrés comprenant la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie. Ces deux chaînes d’îles étant les seules parties apparentes, Zealandia serait actuellement à 94% submergé en dessous du niveau de la mer.

«Ce sont essentiellement des données de composition des roches collectées au fond des mers qui permettent aux scientifiques d’affirmer l’existence de Zealandia, commente Othmar Müntener, professeur de pétrologie à l’Université de Lausanne. Les roches analysées contiennent des granites, rhyolites et schistes, ce qui correspond à de la croûte continentale. Celle-ci diffère de la croûte océanique par sa nature, sa densité et son épaisseur.»

En fait, l’existence de ces terres était déjà connue depuis les années 1990. Mais jusqu’ici Zealandia n’était pas qualifié de continent. Les auteurs de l’étude se sont basés sur les données accumulées dans les différentes publications sur le sujet de ces deux dernières décennies pour affirmer que Zealandia devait être considéré comme tel.

Divisé en segments par deux plaques tectoniques

Alors, continent ou pas? La question de la taille de Zealandia prête à discussion. Est-elle assez grande et suffisamment unifiée pour être un continent? Question délicate puisque la plaque tectonique australienne et la plaque du Pacifique la divisent en segments. Or habituellement, les plaques tectoniques séparent les continents. «Mais il y a des exceptions, notamment avec l’Inde – ou encore la Péninsule arabique, ndlr – qui fait partie de sa propre plaque tectonique tout en étant associée à l’Eurasie», précise Othmar Müntener.

Pour corser le tout, il existe des continents reconnus qui ne sont pas forcément unifiés. Selon Guy Simpson géologue à l’Université de Genève: «L’Afrique moderne se sépare graduellement en deux, pourtant elle est considérée comme un continent unique. Elle est traversée par le grand rift est-africain, une région où la croûte terrestre s’amincit de plus en plus. Quand un océan occupera cette zone du rift l’Afrique sera-t-elle toujours considérée comme un seul continent?»

Enfin, une croûte continentale doit-elle forcément être hors de l’eau pour mériter le nom de continent? Il semblerait que non, puisqu’une partie des continents avérés ne se trouve pas à l’air libre. En effet, la zone de transition entre la croûte continentale et océanique, appelée plateau continental fait parti du continent et possède toutes ses propriétés (nature des roches, épaisseur de la couche), tout en étant sous la surface de l’eau…

Enjeux économiques

Plus que de simples questions de sémantique, les limites continentales représentent d’énormes enjeux économiques. «Avec l’extension du territoire maritime, vient la possibilité nouvelle d’exploiter des ressources du plancher océanique qui étaient auparavant dans les eaux internationales, prévient Javier Escartin, chercheur en géosciences marines à l’Institut de Physique du Globe de Paris. Ce n’est pas un hasard si cette publication a justement été réalisée dans le cadre des études d’extension de la plateforme continentale de la Nouvelle-Zélande.»

De nombreux pays ont développé de tels programmes pour pouvoir revendiquer l’extension de leur plateau continental auprès de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

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