Santé

Avec la méditation, l’adolescence en pleine conscience

La méditation pourrait diminuer la réactivité au stress, un facteur de prédisposition, chez les adolescents, aux troubles anxieux ou dépressifs. Un projet primé par la Fondation Leenaards va en étudier les effets sur des jeunes entre 13 et 15 ans

Une plasticité cérébrale stupéfiante, mais aussi une sensibilité exacerbée: l’adolescence, période de grande vulnérabilité, peut se révéler le creuset de maladies psychiques, notamment en raison d’une réactivité au stress accrue. Pour prévenir l’apparition de troubles mentaux à l’âge adulte, de nombreuses recherches prônent désormais la mise en place d’interventions précoces, en cas de signaux d’alerte tels qu’angoisses récurrentes, hyperactivité, troubles du sommeil ou encore labilité émotionnelle.

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Tout juste récompensé par le Prix scientifique 2018 de la Fondation Leenaards, un projet regroupant trois médecins de Genève et Lausanne vise à déterminer si la méditation de pleine conscience peut améliorer la santé mentale des adolescents, mais également si elle est en mesure d’influencer les circuits neuronaux impliqués dans la réactivité au stress chez les jeunes très anxieux. Car si différentes études ont déjà pointé du doigt les effets bénéfiques de la méditation, les mécanismes d’action de cette méthode restent, eux, encore largement incompris.

Le cerveau n’atteint sa pleine maturité que vers 20 ou 25 ans, et l’on sait que les parties préfrontales, indispensables à la régulation des émotions, sont les dernières à terminer leur maturation

Camille Piguet, clinicienne et chercheuse au sein du département de psychiatrie de l’Université de Genève

«L’adolescence est une période de développement critique, à la fois biologiquement et socialement, décrit Camille Piguet, clinicienne et chercheuse au sein du département de Psychiatrie de l’Université de Genève et responsable de l’étude. Le cerveau n’atteint sa pleine maturité que vers 20 ou 25 ans, et l’on sait que les parties préfrontales, indispensables à la régulation des émotions, sont les dernières à terminer leur maturation, alors que les zones limbiques sont, elles, hyperactives. Ces phases sont propres à l’adolescence, mais certains jeunes sont plus vulnérables et présentent davantage d’anxiété. Notre idée était de pouvoir leur offrir, à travers un entraînement à la pleine conscience, un outil de prévention qui soit bien accepté par cette tranche d’âge, car les adolescents se montrent souvent réticents aux formes de traitement conventionnelles, notamment médicamenteuses.»

Changements rapides

Développée dans les années 1970 dans le centre médical de l’Université́ du Massachusetts (Etats-Unis) par Jon Kabat-Zinn, docteur en biologie moléculaire, la méditation de pleine conscience est une pratique laïque inspirée de la tradition bouddhiste, qui vise à centrer son attention sur l’instant présent. En agissant tout à la fois sur le système limbique, siège du cerveau émotionnel, et le cortex préfrontal, centre de la raison, elle permettrait une meilleure régulation des émotions, une réduction du stress et de l’anxiété, la prévention des rechutes dépressives ou encore la diminution des douleurs chroniques.

Arnaud Merglen, clinicien-chercheur du service de pédiatrie des HUG impliqué dans cette recherche, a déjà eu l’occasion de constater les effets bénéfiques de la méditation de pleine conscience sur les adolescents, technique qu’il enseigne depuis plusieurs années. «Les jeunes sont très preneurs de cette méthode, de par son aspect ludique et son caractère non jugeant, mais il reste difficile pour eux de pratiquer régulièrement. Cependant, celles et ceux qui y arrivent observent, au bout de quelques semaines seulement, un changement très net quant à l’impact des émotions et des pensées. Ils subissent moins ces vagues qui les emportent, et ils se rendent davantage compte que les schémas répétitifs dans lesquels ils se font prendre ne sont qu’une vision partielle de la réalité.» La méditation de pleine conscience serait efficace pour diminuer l’anxiété en atténuant les pensées automatiques ou les ruminations mentales qui bloquent la personne sur des événements passés ou les angoisses liées au futur.

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Effets à long terme

Pour tester ses hypothèses, l’équipe de recherche, qui comprend également le docteur Paul Klauser du centre de neurosciences psychiatriques du CHUV, va proposer à 60 jeunes, âgés entre 13 et 15 ans, de suivre 12 semaines d’entraînement à la pleine conscience dès la rentrée scolaire d’août 2018. Face à eux, un autre groupe identique, à qui l’on proposera une prise en charge plus classique, afin de réaliser ce que les chercheurs appellent une étude randomisée.

«Avant de débuter notre recherche, nous enregistrerons l’activité cérébrale des participants lors d’une tâche spécifique, au moyen de l’imagerie par résonance magnétique, explique Camille Piguet. Après la période de formation initiale de pleine conscience, mais aussi après 18 mois, nous évaluerons à nouveau leur réactivité cérébrale, ainsi que les éventuelles modifications de la composition chimique, de la structure et de la connectivité de leur cerveau.» Avec pour objectif non seulement de mesurer les effets de la méditation sur le long terme, mais aussi de déterminer si elle constitue une piste thérapeutique de choix afin de diminuer l’apparition de troubles psychiatriques à l’âge adulte.

Cérémonie de remise des prix et bourses scientifiques Leenaards 2018, mercredi 21 mars au CHUV, à 17h, sur inscription. www.leenaards.ch

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