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Les projets visant à rendre le transport aérien plus écologique en aspirant à des vols au bilan carbone neutre, oublient une part importante de l’impact de l’aviation sur le réchauffement climatique. Ce constat émane d’une étude publiée dans Nature Climate Change, citée par le Tages-Anzeiger.

Une équipe de chercheuses et chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) a ainsi montré qu’à eux seuls, les effets sur le climat non liés au CO2 pourraient contribuer au réchauffement à hauteur de 0,1 à 0,4 degré d’ici à la fin du siècle, ce qui est considérable si on espère limiter celui-ci à moins de 1,5 ou 2 degrés, comme le prévoit l’accord de Paris.

Les seules émissions de dioxyde de carbone ne représentent en effet actuellement qu’un tiers de l’impact d’un avion sur le réchauffement, alors que les traînées de condensation qu’il laisse dans le ciel, en plus de déchaîner les théories du complot, y contribuent pour plus de la moitié. La part restante doit, elle, être imputée à d’autres émissions de gaz et d’aérosols.

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Ces autres composantes climatiques prendront en outre d’autant plus d’importance à l’avenir, étant donné que les principaux acteurs de l’aviation travaillent à réduire les émissions de CO2

Rendre le bilan du trafic aérien neutre en carbone ne suffit donc pas. Interrogé par le journal zurichois, Anthony Patt, professeur à l’EPFZ et coauteur de l’étude, insiste: «Même si l’aviation parvenait à réduire à zéro les émissions de CO₂ grâce à l’utilisation de biocarburants et de carburants synthétiques, elle contribuerait encore de manière significative au réchauffement climatique».

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Concept de «neutralité climatique» plutôt

Plutôt que de se référer sans cesse à la neutralité carbone, l’étude propose donc plutôt d’utiliser le concept de «neutralité climatique», qui prend en compte l’ensemble des effets sur la planète d’une activité. Et les auteurs de cette recherche de regretter que ces conséquences hors CO₂ de l’aviation ne soient pas du tout prises en compte dans les principaux accords internationaux sur le climat, ni dans les systèmes de compensation des émissions. Les différents scénarios étudiés par les scientifiques suggèrent pourtant qu’à terme, on pourrait ainsi ignorer jusqu’à 90% de la contribution des futurs vols au changement climatique.

Il existerait par ailleurs des solutions rapides pour limiter les effets des traînées de condensation, par exemple en choisissant des routes aériennes évitant certaines zones où leur formation a des effets particulièrement importants, explique Christiane Voigt, une chercheuse au Centre aérospatial allemand, dans le Tages-Anzeiger. Selon elle, seuls 12% des vols provoquent 80% du réchauffement dû aux traînées de condensation.

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Capturer du CO2

Selon les scientifiques de l’EPFZ toutefois, même s’il se passe entièrement de kérosène – ce qu’il doit faire impérativement – le secteur du transport aérien devra dans tous les cas développer des moyens de capturer le CO2 dans l’atmosphère pour devenir climatiquement neutre. Selon les scénarios, «les coûts de cette opération semblent supportables», avance Anthony Patt dans le quotidien zurichois, indiquant qu’un vol Zurich-New York coûterait une centaine de francs supplémentaires. Il ne serait donc pas nécessaire de s’abstenir entièrement d’utiliser l’avion pour atteindre nos objectifs climatiques.