Astronomie

Les météorites des Taurides menacent-elles la Terre?

Le risque qu’un astéroïde tombe sur la Terre est assez faible, et surtout, la plupart des objets pouvant présenter un risque sont bien connus et surveillés. Mais il reste des incertitudes autour du courant des Taurides. Il passe près de la Terre cet été, ce qui serait l’occasion d’en savoir plus

Depuis début juin et jusqu’à la fin du mois d’août, des astronomes à travers le monde garderont les yeux rivés vers le ciel pour espérer voir les Taurides, un courant de météorites passant régulièrement près de la Terre, et dont certains aspects demeurent mal connus. Dans un article déposé sur le serveur ouvert ArXiv, des scientifiques de la Western University de Londres appellent à accorder une importance particulière à ce passage car ces objets célestes garderaient des renseignements sur les risques potentiels de collision de météorites sur la Terre.

Le courant des Taurides lui-même est bien documenté. Il s’agit de débris issus de la comète de Encke et qui passent deux fois par an près de la Terre. Ils se manifestent par de belles étoiles filantes, mais étant donné que le phénomène ne se produit qu’entre octobre et novembre, il n’est que rarement visible en raison des nuages.

Tous les quinze ans

Dans l’article en question, les chercheurs attirent l’attention non pas sur le courant, mais sur l’essaim des Taurides, une branche du courant qui, elle, n’est visible que lorsque la Terre coupe l’orbite des débris de la comète Encke à certains endroits. Il en résulte alors une pluie d’étoiles filantes visibles une fois tous les quinze ans environ.

Nous avions identifié une hausse anormale de l’activité météoritique lors du passage des Taurides. Nous pensons qu’il existe une branche contenant au moins deux astéroïdes de 200 mètres de diamètre

Pavel Spurny, astronome à l’Académie des sciences de la République tchèque

«C’est une opportunité unique, explique David Clark, l’auteur de l’étude. C’est l’occasion de déterminer si cette branche présente bien un risque.» L’existence même de cet essaim est toujours débattue mais depuis plusieurs dizaines d’années, les astronomes alertent sur deux choses: d’abord, ce dernier passerait beaucoup plus près de la Terre que le reste du courant, et ensuite, il contiendrait des astéroïdes suffisamment massifs pour provoquer d’importants dégâts.

L’équivalent de cent bombes nucléaires

Elles en auraient peut-être même déjà commis, et pas qu’un peu. En 1978, l’astronome slovaque L’ubor Kresak a émis l’hypothèse que les Taurides étaient responsables de l’événement de la Toungouska. En 1908 en Sibérie, une mystérieuse et colossale explosion avait entièrement détruit la forêt sur 20 kilomètres à la ronde, pulvérisant les arbres et occasionnant des dégâts moindres sur une centaine de kilomètres. Un choc similaire à plusieurs centaines de bombes nucléaires et qui pourrait avoir été provoqué par un astéroïde d’environ 100 mètres de diamètre faisant partie des Taurides.

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Selon Pavel Spurny, la Terre n’est pas à l’abri d’un tel nouveau choc. Astronome à l’Académie des sciences de la République tchèque, il avait déjà alerté la communauté scientifique en 2017 dans une étude parue dans Astronomy & Astrophysics. «Nous avions identifié une hausse anormale de l’activité météoritique lors du passage des Taurides, explique-t-il. Et nous pensons qu’il existe une branche contenant au moins deux astéroïdes de 200 mètres de diamètre. Il y en a peut-être d’autres, mais il nous faudrait plus d’informations pour en être sûrs.»

Mesures de protection

C’est tout l’enjeu de l’observation de cet été. David Clark et son équipe espèrent que le passage de cet essaim permettra de lever les doutes subsistants sur son existence et le risque potentiel qu’il représente. L’astronome va devoir cependant faire avec quelques contraintes puisque l’essaim sera essentiellement visible en plein jour: «Nous avons prévu d’observer l’essaim une fois qu’il aura passé la Terre, dans son dos en quelque sorte pour avoir un meilleur point de vue.» A ce mauvais timing s’ajoute une autre difficulté liée à la nature même des Taurides. Comme tous les corps issus d’une comète, ils ne brillent que très peu et sont donc difficilement observables. «Même si nous ne voyons rien, c’est une information. Cela nous apprend qu’il y a moins d’objets massifs. Dans tous les cas, l’observation nous apprendra quelque chose.»

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Quoi qu’il en soit, ces observations sont capitales puisque si l’essaim contient bien des objets de plusieurs dizaines de mètres de long, une collision peut faire d’importants dégâts si elle a lieu sur une ville. Et comme le prochain passage est pour les années 2030, cela laisse quelques années aux scientifiques pour mettre au point des mesures de protection. David Clark espère obtenir des résultats d’ici l’automne, une fois toutes les données traitées.

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