Chaque semaine de l'été, «Le Temps» évoque une molécule qui a changé le monde en entrant dans la grande famille des médicaments.

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Une des armes les plus terrifiantes de la Première Guerre mondiale, le gaz moutarde, a joué un rôle essentiel dans le développement du méthotrexate, prescrit contre certains cancers et certaines maladies auto-immunes. Utilisé pour la première fois lors de combats près d’Ypres (Belgique) en juillet 1917, d’où son surnom d’ypérite, il est rapidement devenu synonyme de terreur sur les champs de bataille: certes, les gaz de combat n’ont été responsables que d’un petit nombre de morts, comparé au total des victimes du conflit (90 000 victimes estimées sur les 9,7 millions de militaires morts), mais leurs effets sont spectaculaires.

Le sulfure de 2,2'‑dichlorodiéthyle doit son nom à l’odeur de moutarde qu’il dégage. Il ne s’agit pas d’un gaz à proprement parler mais d’un liquide, chargé dans les obus et dispersé par leur explosion. Il provoque cloques et brûlures de la peau, rend momentanément aveugle et s’attaque aux poumons. Les victimes les plus atteintes décèdent d’un œdème pulmonaire après quatre à cinq semaines de souffrances. C’est la peur provoquée par cette arme terrible qui, paradoxalement, sera à l’origine des premières chimiothérapies.