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Pas de doute, passer du temps dehors est bon pour les enfants. 
© Rebecca Nelson

Environnement

Mettre les enfants des villes au vert

L’accès aux espaces verts est bénéfique aux bambins, tant pour leur santé que pour leur développement citoyen. Mais, pour offrir un accès à la nature aux gamins des villes, encore faut-il dépasser des obstacles

«Alana croyait dur comme fer que la proximité d’espaces verts ne pouvait être que bénéfique aux jeunes enfants d’un point de vue moral.» C’est ce qu’écrit l’écrivaine britannique Zadie Smith dans son roman «Sourires de loup», paru en 2001. Une croyance qui ne sort pas de nulle part: diverses études soulignent les bénéfices apportés par la nature à la santé, mentale mais aussi physique, des plus jeunes. Mais comment faire pour mettre les enfants au vert quand on réside en ville? Diverses initiatives tentent de pallier leur manque de contact avec la verdure.

Pas de doute, passer du temps dehors est bon pour les enfants, et cela notamment pour la prévention du surpoids. C’est ce que suggère une étude publiée en 2011 dans la revue «Health Place», qui a suivi pendant huit ans plus de 3000 enfants en Californie. Elle a montré que, plus ces enfants habitaient loin d’un parc, plus leur Indice de Masse Corporelle (ou IMC, qui reflète la corpulence d’une personne) était élevé à 18 ans. Autre bénéfice avéré du plein air: la prévention de la myopie, car passer du temps en extérieur exerce la vision de loin.

Lire aussi: Le jardin, paradis urbain

Comme le résume Sarah Wauquiez, auteure du livre «Les enfants des bois», et pédagogue par la nature: «Aucune étude ne montre un effet négatif comme le craignent de nombreux parents, qui se disent qu’avec la neige, le froid, la pluie, leur enfant va tomber malade» ou qu’en passant du temps sur des terrains accidentés il risque de se blesser. «Au contraire, il faut s’entraîner à grimper, à marcher sur des terrains irréguliers. C’est important de connaître ses limites corporelles, ça peut même mener à moins d’accidents.»

Valeurs écologiques

Etre en extérieur permet aussi aux petits de développer des aptitudes sociales et émotionnelles, comme de plus grandes capacités d’adaptation ou une meilleure gestion du stress. Enfin, expérimenter un environnement naturel pendant l’enfance pousse à un comportement écologiquement responsable à l’âge adulte. C’est ce que le chercheur Tim Gill de l’Université de Sidney fait remarquer dans son passage en revue des études sur le sujet en 2011: «Passer du temps dans la nature fait partie d’un «régime équilibré» de l’expérience de l’enfance qui favorise un développement sain, un bien-être et des attitudes et valeurs écologiques.»

Mais comment procurer à tous les enfants les bienfaits de la nature, quand on sait que la majorité d’entre eux résident en ville? La Suisse comprend en effet quelque 7 millions d’urbains. La rencontre des petits citadins avec les jardins peut-elle avoir lieu dans le cadre de l’école? Pas si simple, ainsi que le fait remarquer Marion Ernwein, enseignante-chercheuse à l’Université de Fribourg: «Les parcelles des jardins collectifs allouées aux écoles ne sont pas évidentes à gérer: les enseignants peuvent être frustrés de semer avec les élèves quelques légumes au printemps et de faire passer à la trappe la récolte durant l’été, alors que l’école s’arrête».

Autre possibilité: installer les crèches et écoles maternelles dans la nature même pour que les enfants soient constamment en plein air, à l’instar de l’éco-crèche en forêt La Bicyclette, à Dardigny. Mais les tarifs peuvent être prohibitifs ou les horaires de garde pas forcément compatibles avec une vie professionnelle. De son côté, l’association genevoise Les Artichauts propose un programme d’école à la ferme dans les serres du parc Beaulieu, afin d’introduire auprès des enfants les enjeux de l’agriculture biologique et de l’écologie.

Le jardin privé, une norme

Est-ce plutôt aux pouvoirs publics de s’emparer du sujet, en modifiant l’urbanisme et en parsemant la ville d’espaces verts? Encore faut-il que cette verdure soit vraiment réclamée. Or, comme l’évoque Claire Tollis, chercheuse associée au laboratoire Territoires, villes, environnement et société de l’Université de Lille, les arbres sont souvent perçus comme du «mobilier» en ville: «On veut des arbres l’été pour l’ombre puis qu’ils soient démontables à la mauvaise saison».

Une autre idée serait de faire du jardin privé une norme pour toutes les nouvelles constructions. C’est en effet d’abord par ce biais que les enfants découvrent la nature. En janvier, une étude publiée dans la revue «PNAS» menée en Nouvelle-Zélande soulignait que l’accès des petits citadins à la nature se faisait majoritairement dans leur jardin plutôt que dans les squares les entourant. Or en Suisse un grand pan de la population reste exclu des jardins privés, même si 57% des habitations helvétiques sont des maisons individuelles (d’après les Statistiques des villes suisses 2016). Promouvoir des jardins partagés de quartier, gérés en partenariat avec des associations localement implantées, est aussi une voie prometteuse. De telles initiatives commencent à se faire jour de manière naturelle dans le cadre des contrats de quartier, ces projets portés par les villes qui viennent des citoyens. Pour le plus grand bonheur d’une verte jeunesse!

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