Des feux de forêt se déclenchent chaque année. A moins d’avoir une équipe d’intervention prête à tout moment, incluant un hélicoptère équipé d’une poche à eau, les dégâts peuvent être importants. Pour mieux faire face à ce problème, des experts de l’Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), à Bellinzone, et de la start-up Enveve ont développé le système FireLess II. «Cet instrument d’alerte précoce détecte les risques immédiats d’incendie directement dans le sol des forêts», dit Marco Conedera, ingénieur forestier au WSL.

Des capteurs, plantés dans la litière faite de feuilles, aiguilles et branches ainsi que dans la couche d’humus située au-dessous, mesurent le taux d’humidité. Ces valeurs sont transmises par le biais du réseau mobile à un serveur. Les experts peuvent alors suivre en continu la courbe d’assèchement du sol et déterminer si un incendie peut éclater et se développer: avec une litière sèche mais les premiers centimètres d’humus encore humides, le feu peut facilement prendre, mais il ne s’étendra que lentement. Par contre, lorsque ces deux couches du sol sont assez sèches, le risque est grand que le feu gagne rapidement du terrain. Dès lors, il vaut la peine de commander un hélicoptère équipé d’une poche à eau, prêt à décoller en 15 minutes, même le week-end, et de mettre les équipes d’intervention en état d’alerte élevé.

«Il n’est pas nécessaire d’étouffer immédiatement et à tout prix chaque petit foyer, précise Marco Conedera. Il y a même des animaux et des plantes dont la survie dépend des feux de forêt». On estime que 70 incendies sur 100 brûlent moins d’un demi-hectare de terrain. Ils ne causent pas de problèmes et représentent, au total, moins de 5% de l’ensemble des surfaces brûlées. «Par contre, les incendies détruisant de grandes surfaces sont ingérables.» Leur impact sur la sécurité de la population peut être catastrophique.

Le sol est le plus touché: les cendres bouchent ses «pores», l’eau n’y pénètre plus. «Le terrain devient comme goudronné.» Dans les régions alpines, où des orages éclatent en été, «plus la surface brûlée est vaste, plus le risque d’avalanche de boue et de pierres augmente.» Au Tessin, une partie du village de Ronco a ainsi été ensevelie six mois après l’incendie de mars 1997. Et à Viège, en Valais, au mois d’août 2011, à trois reprises, une coulée de boue et de roche a recouvert la route cantonale, juste en dessous de la forêt brûlée quelques mois plus tôt.

Ces 30 dernières années, le risque de feu de forêt a augmenté au sud des Alpes. Près de 20 000 hectares par an sont touchés. De nombreuses forêts sont à l’abandon, bois mort et broussailles inflammables couvrant le sol ont augmenté. «Le feu peut se propager plus facilement», regrette Marco Conedera. En outre, les «cabrioles» climatiques récentes et des conditions météorologiques extrêmes aggravent la situation.

«Pour les mêmes raisons, les risques d’incendies menacent de s’intensifier aussi au nord des Alpes», explique Michael Reinhard, collaborateur scientifique à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). L’expert voit ces craintes confirmées par de plus fréquentes et longues périodes de sécheresse, comme au cours des printemps 2011 et 2012, ainsi que par les incendies de forêt d’avril 2011 et de ces dernières années.

La poursuite du développement de mesures de prévention efficaces gagne en importance, assure Michael Reinhard. «Avant, on réagissait quand la forêt s’embrasait, dit Marco Conedera. Aujourd’hui, on aspire à une gestion préventive et efficace des feux de forêt.»

Dans cette perspective, le WSL, l’OFEV et les offices forestiers cantonaux ont créé, en 20e08, la banque de données Swissfire. Elle réunit toutes les informations descriptives sur les incendies de forêt en Suisse. Ces données aident les scientifiques à planifier, à longue échéance, des stratégies de prévention. Pour l’analyse des risques immédiats, les experts se basent sur des indices adaptés et évalués pour chaque région (précipitations, température, vent, etc.). Or les prévisions faites grâce à ces modèles empiriques restent encore très approximatives.

Le système FireLess II peut contribuer à y remédier. Grâce à lui, pour la première fois, les experts ont déjà pu suivre en continu et à distance, pendant deux ans, l’évolution du taux d’humidité du sol dans une forêt d’épicéas dans la Léventine et dans une autre de châtaigniers près de Bellinzone. «Les résultats montrent la voie pour mieux anticiper les risques d’incendies», dit Michael Reinhard. Du coup, l’OFEV envisage d’acquérir quelques-unes de ces stations et de les tester au niveau national au nord des Alpes. «Le projet pilote devrait débuter cette année», espère l’expert. Mais avant, les emplacements doivent encore être déterminés. «Nous voulons étudier sur différents types de terrains, dans les régions alpines, comment litière forestière et humus réagissent aux paramètres météorologiques. Et ainsi, à terme, mieux comprendre comment des situations dangereuses se développent.» «Les deux premières stations du système FireLess II, commercialisées depuis peu, ont été achetées par la vallée d’Aoste en Italie», se réjouit Marco Conedera. Le canton du Tessin s’y intéresse aussi: «Cinq stations placées dans les différents types de forêts permettraient de couvrir l’ensemble du canton.»

«Plus la surface brûlée est vaste, plus le risque d’avalanche de boue et de pierres augmente»