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Le milan royal quitte au printemps l’Espagne et le sud de la France et vient nicher dans nos contrées. Pourtant, depuis quelques années, il est en diminution dans ces deux pays et de plus en plus présent en Suisse.
© Lukas Linder

Biodiversité

Le milan royal conquiert la Suisse

Le milan royal est en expansion en Suisse alors qu’il est en diminution dans les autres pays européens. Reportage près de Fribourg avec la Station ornithologique suisse, qui suit le phénomène

On en voit de plus en plus. Ce grand oiseau au ventre marron et blanc, aux grandes ailes et à la queue fuselée quitte au printemps l’Espagne et le sud de la France et vient nicher dans nos contrées. Pourtant, depuis quelques années, le milan royal est en diminution dans ces deux pays et de plus en plus présent en Suisse. Mieux, il a colonisé de nouveaux espaces et se retrouve parfois sur des sites à 800 mètres d’altitude. Un paradoxe qui a rapidement titillé les chercheurs de la Station ornithologique suisse.

Depuis 1995, des bénévoles recensent régulièrement ces charognards. Mais le projet de recherche sur leur expansion a pris depuis 2015 une autre dimension. Plus de 100 individus sont suivis grâce à la pose d’émetteurs alors qu’avant seul deux ou trois oiseaux par an étaient équipés. Selon les premiers résultats, si ces oiseaux sont plus nombreux, c’est parce qu’ils passent l’hiver en Suisse. La moitié des adultes continuent leur migration, tandis que l’autre moitié reste ici. A l’inverse, les jeunes adultes qui ne se sont pas encore reproduits continuent leur migration jusqu’au sud de l’Europe.

Pour vivre heureux, vivons nichés

Rendez-vous dans une forêt à 40 minutes de Fribourg. Accompagné de quelques collègues, Patrick Scherler, doctorant à la station sur le projet des milans, doit poser une balise GPS sur deux jeunes milans afin de repérer des changements au cours de la migration. Pour manipuler un milan royal, il vaut mieux l’équiper de la balise quand il est jeune avant qu’il ne quitte le nid de ses parents. Après 38 jours de gestation, les jeunes restent 50 jours dans leur cachette avant de prendre leur envol

Les milans royaux construisent leur nid au sommet des arbres, avec quelques branchages. Ils ont tendance à se regrouper pour nicher, allant de 20 à 100 individus dans la même zone. L’abri est équipé de deux caméras: la première filme en continu sans enregistrer, la seconde prend des photos toutes les minutes pour détecter lorsque les œufs éclosent et quand les jeunes quittent le nid. «Cela permet de savoir quand il faut baguer les oiseaux et poser le GPS et nous évite de monter plusieurs fois pour vérifier», explique Patrick Scherler.

Après vérification sur la caméra, un biologiste formé à l’escalade des arbres grimpe le long du tronc jusqu’au nid et place les deux petits à équiper dans un sac à dos qu’il fait glisser lentement jusqu’en bas. Les parents volent autour de l’arbre et poussent des cris d’alarme mais ne montrent aucune agressivité. Au sol, Patrick Scherler attrape le sac et installe les deux oiseaux sur la table. Posé sur le ventre, le milan fait le mort en espérant que le «prédateur» se désintéressera de lui. Le doctorant effectue plusieurs mesures pour estimer la santé des deux rapaces: envergure des ailes, épaisseur du tarse (une partie de la patte), longueur du bec…

«On peut voir s’ils grandissent plus ou moins vite que la moyenne et s’ils sont bien nourris. On met ces résultats en lien avec leur taux de survie», explique le doctorant. Il compare ensuite la couleur du haut du bec sur une échelle colorimétrique. Plus celui-ci est jaune, plus le milan se nourrit bien. Il fait ensuite une petite prise de sang. «On va pouvoir déterminer le sexe et l’état de son système immunitaire», détaille Adrian Aebischer, biologiste au Service des forêts et de la faune du canton de Fribourg et collaborateur de la station.

Aide des habitants

L’ensemble de ces mesures va permettre de confirmer certaines hypothèses. Selon les premiers résultats, si les milans restent de plus en plus en Suisse, cela serait en partie dû à la population de rongeurs qui se porte bien. «En France et en Espagne, les rongeurs sont empoisonnés, légalement et illégalement, pour ne pas toucher aux cultures. Le milan mange ces rongeurs et s’empoisonne aussi», déplore le chercheur. Mais si la neige se fait plus présente en hiver, le milan royal est aussi nourri par les habitants. Ce charognard a l’avantage d’avoir un spectre large de proies, ce qui lui permet de varier les apports en fonction de la livraison du jour.

Dernière étape: Patrick Scherler pose la balise GPS sur le dos de l’animal grâce à de petites cordelettes. Il glisse un premier lacet autour du cou avant d’en placer deux autres autour de chacune des ailes, comme un petit sac à dos. La balise, très légère et à énergie solaire, est placée bien au centre du dos. Les oiseaux sont ensuite remis délicatement dans le sac et le grimpeur les repose dans leur nid. En tout, les jeunes milans ne se seront absentés qu’une trentaine de minutes.

Une fois qu’ils auront quitté le nid, dans quelques jours, les chercheurs ne les approcheront plus. Ils vont suivre par GPS leurs déplacements et pourront savoir quand et où ils meurent. Grâce à la caméra, ils pourront aussi savoir si leurs parents reviennent nicher dans le même nid chaque année. Le milan royal se porte bien mais cela ne doit pas faire oublier le reste des oiseaux: sur les 220 espèces nicheuses en Suisse, 50 sont menacées. Et pour les autres, la tendance est à la diminution et non pas à l’expansion.

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