Tout a commencé par un appel téléphonique, un soir de mi-avril. A l’autre bout du fil, James Greenwood, un ancien élu républicain, devenu patron du lobby américain des industries biotechnologiques. Une vieille connaissance. «Il m’a demandé ce que je pensais de l’idée de faire une sorte de Manhattan Project pour trouver un vaccin contre le Covid-19», se souvient Moncef Slaoui. L’homme fait référence au programme public-privé qui aboutit à la création de la bombe atomique durant la Seconde Guerre mondiale.

Les deux hommes discutent, les idées fusent, et un quart d’heure plus tard, l’ancien député glisse: «Ne sois pas fâché contre moi, mais j’ai donné ton nom à la Maison-Blanche. Ils vont probablement te contacter.» Donald Trump cherche un «Monsieur Vaccin» et M. Slaoui est dans la course. «Je ne dirai pas que c’est tombé du ciel, car j’étais connecté dans le milieu. Mais je n’étais plus vraiment actif», observe-t-il, interviewé par écrans interposés.

A l’époque, le Covid-19 a déjà fait plus de 140 000 morts dans le monde, la moitié de l’humanité est confinée et l’économie mondiale se prépare à une récession historique. Aux Etats-Unis, les chiffres s’envolent et Donald Trump, très critiqué pour sa gestion de la crise, insiste déjà pour «rouvrir» le pays. Mais il sait que tout espoir de retour à la normale passera, in fine, par un vaccin ­ – et que le prestige associé à sa découverte sera considérable.