Carnet noir

Mort de l’astronaute John Glenn: les Etats-Unis pleurent la disparition d’un «héros national»

Premier Américain à avoir effectué un vol orbital autour de la terre, l'homme s'est éteint à l'âge de 95 ans. Proche des Kennedy, il a deux fois été candidat à la présidence des Etats-Unis

Un premier vol, mythique, en 1962, puis un deuxième 36 ans plus tard, à l’âge de 77 ans pour étudier les effets du vieillissement en apesanteur pendant neuf jours. John Glenn restera le plus vieil astronaute à avoir été dans l’espace. La légende s’est éteinte jeudi soir, à 95 ans. Depuis, les hommages ne cessent d’affluer, pour saluer son étoffe de «héros national».

Le 20 février 1962, il a été le premier Américain à effectuer un vol orbital autour de la terre, à bord de la minuscule capsule Friendship 7. En pleine Guerre froide et alors que Moscou avait réussi à envoyer Youri Gagarine faire le tour de la terre un an plus tôt. Un premier Américain, Alan Shepard, avait rapidement été envoyé dans l’espace par la NASA, un acte avant tout politique, mais sans faire le tour de la planète. John Glenn a lui réussi l’exploit. En très exactement 4 heures 55 minutes et 23 secondes.


Un joli succès. D’autant plus que tout aurait pu très mal se terminer: le système de pilotage automatique de Friendship 7 est tombé en panne. Pas de quoi désarçonner John Glenn qui s’est mis en mode manuel et a gardé les commandes pour la deuxième et troisième rotation. Autre problème: une télémesure transmise au sol a indiqué que le bouclier thermique, censé protéger la capsule lors de la rentrée dans l’atmosphère, n’était plus solidaire du vaisseau. Avec un risque d’entraîner la destruction de la capsule et donc la mort du pilote. Des mesures ont été prises en toute urgence pour y palier. Finalement, une enquête révélera plus tard qu’il s’agissait d’une fausse alerte.

«Avec du courage et de l’esprit»

Quand il remet les pieds sur terre ce 20 février 1962, John Glenn est accueilli en héros national. Il devient un ami et confident de la famille Kennedy. Lundi soir, c’est aussi à un «ami» que Barack Obama a rendu hommage. «Quand John Glenn a décollé de cap Canaveral dans une fusée Atlas en 1962, il a fait décoller les espoirs d’une nation. Et quand sa capsule Friendship 7 a amerri quelques heures après, le premier Américain à être mis en orbite autour de la terre nous a rappelé qu’avec du courage et un esprit de découverte il n’y a pas de limite à l’altitude que nous pouvons atteindre ensemble», a relevé le président. Il lui avait remis en 2012 la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute récompense civile aux Etats-Unis.

Le secrétaire d’Etat John Kerry a eu des propos tout aussi louangeurs: «John est l’un des hommes les meilleurs et les plus courageux que j’ai jamais rencontré. Il est allé à la guerre, est allé dans l’espace, et il est allé à Washington où il a servi les gens de l’Ohio durant plus de deux décennies, se battant toujours pour les principes auxquels il croyait». «Un héros qui a inspiré des générations de futurs explorateurs», a de son côté écrit le président élu Donald Trump, sur Twitter.

Pilote de chasse, John Glenn a participé à la Deuxième guerre mondiale, ainsi qu’à la Guerre de Corée. Durant les trois derniers jours du conflit, il a abattu trois Mig russes. En 1957, il a réalisé le premier vol supersonique sans escale entre Los Angeles et New York à bord d’un Vought F8U «Crusader», battant le record de vitesse pour traverser le continent. Il rejoint la NASA deux ans plus tard, comme pilote d’essai.

Quand il quitte la NASA en 1963, il touche à la politique. D’abord sans succès. ll se lance alors dans le monde des affaires et occupe un poste de direction dans une société qui vend des sodas. Le démocrate ne sera élu sénateur de l’Ohio qu’en 1974, poste qu’il occupera jusqu’en 1999. Surtout, il s’est à deux reprises porté candidat à la présidence des Etats-Unis. En 1976 et en 1984. Deux fois défait, il s’est retrouvé lourdement endetté.

«Le dernier des astronautes pionniers américains nous a quittés, mais propulsés par leur exemple, nous savons que notre avenir ici sur la terre nous oblige à continuer à atteindre les cieux», en encore souligné Barack Obama dans son hommage. Avec ces derniers mots: «Godspeed, John Glenn». C’était les mots d’encouragement lancés par Scott Carpenter, le contrôleur de mission, le 20 février 1962. Très exactement 4 heures 55 minutes et 23 secondes avant qu’il ne réussisse son exploit.

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