Éditorial

La mort, la vie et les cochons

Des chercheurs américains sont parvenus à réactiver des fonctions cérébrales de porcs décédés. Cette prouesse technique ouvre de nouvelles pistes de recherche, mais pose aussi des questions éthiques

Trois minutes. C’est le temps moyen durant lequel le cerveau est capable de tenir sans apport d’oxygène avant de souffrir de lésions irréversibles. Communément admise de longue date, cette hypothèse vient de voler en éclats.

En annonçant cette semaine être parvenus à restaurer certaines propriétés fonctionnelles de cerveaux de porc jusqu’à quatre heures après leur décès grâce à un système de perfusion artificielle dénommé BrainEx, des neurologues américains ont mis en émoi la communauté scientifique, en repoussant les limites de notre connaissance du vivant.

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Certes, ces cochons n’ont pas ressuscité d’entre les morts. Leur électroencéphalogramme est resté plat. Néanmoins, cette prouesse pose de sérieuses questions éthiques, parmi lesquelles la plus fondamentale: comment définir qu’un être est vivant ou décédé?

Frontières floues

Dans ce sens, cette découverte vient encore davantage brouiller les frontières déjà floues entre vie et trépas. En effet, jusqu’au milieu du XXe siècle, un patient était déclaré mort ou vif. Puis sont apparues les techniques de réanimation, et avec elles la notion de mort cérébrale, uniquement diagnosticable au moyen d’une batterie d’actes techniques et non plus selon l’état de fonctions vitales comme la respiration, le battement du cœur ou la température corporelle.

En ouvrant des perspectives qui semblaient inimaginables jusqu’ici – à savoir la possibilité de rétablir des fonctions cérébrales –, la méthode mise au point par les scientifiques de l’Université Yale pourrait aussi venir exacerber des lignes de tension déjà vives autour de patients pour lesquels des décisions difficiles doivent être prises, notamment en matière de don d’organes. Assurément, le choix entre tout mettre en œuvre pour réanimer des individus en mort encéphalique ou sauver leurs reins ou leurs poumons pour qu’ils puissent bénéficier à d’autres personnes en sera rendu encore plus délicat.

Il est vrai que ces découvertes sont encore loin d’arriver au chevet du patient. Mais il serait judicieux que les comités d’éthique se penchent d’ores et déjà sur les questions que ces nouvelles technologies soulèvent. D’autant plus lorsque l’on sait que, en Suisse, les dons d’organes manquent déjà cruellement.

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