Une équipe internationale de chercheurs a étudié la question de la surmortalité dans 19 pays européens, dont la Suisse, ainsi qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande. Selon leurs résultats, parus mercredi dans la revue Nature Medicine, ces pays ont enregistré 206 000 morts supplémentaires sur une période comprise entre la mi-février et mai 2020.

Les deux pays les plus touchés par cette mortalité excessive sont l’Angleterre et le Pays de Galles, ainsi que l’Espagne avec une augmentation relative des décès respectivement de 37 et de 38%, alors que la moyenne pour les pays étudiés se situe à 18%.

Une faible hausse en Suisse

Comparativement, la Suisse se trouve dans le groupe des pays faiblement touchés avec une augmentation de 7%. En revanche, dix pays n’ont pas enregistré de hausse notable de leur mortalité par rapport à l’évolution attendue. L’étude montre aussi que les pays ayant mis en place des mesures de confinement alors que l’épidémie était déjà bien avancée sur leur territoire comme l’Angleterre, l’Italie ou la France ont connu une surmortalité sur une période plus longue que les pays ayant pris des mesures plus tôt.

Les résultats de cette étude reflètent aussi l’impact des politiques de santé publique menées dans ces différents pays et les moyens disponibles face à la pandémie. Dans un communiqué, les auteurs préconisent notamment «la création de parcours de soins intégrés» pour réduire «les décès résultant directement et indirectement de la pandémie en cours. Pour y parvenir, les pays devront peut-être réaffecter et étendre les ressources de santé, en particulier dans les contextes où il y a eu sous-investissement dans les systèmes de santé et de protection sociale.»

Et si l’épidémie n’avait pas eu lieu?

Depuis le début de la pandémie, l’idée que la gravité du Covid-19 est surestimée par les autorités et les scientifiques est récurrente. Sur les réseaux sociaux, certains internautes, à coups de captures d’écran et de statistiques, affirment notamment que la maladie n’a engendré aucune surmortalité, alors que le chiffre symbolique du million de morts confirmés a été atteint à la fin du mois dernier.

Au plus fort de la première vague de l’épidémie, le décompte des victimes de la maladie a parfois posé problème. D’autre part, pour les auteurs de cette étude, il ne suffit pas de rendre compte de l’ensemble des morts liées à la pandémie. Pour parvenir à ce résultat, ils n’ont pas cherché à mesurer uniquement les décès dus au covid, mais l’ensemble de la mortalité sur la période de l’épidémie.

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Leur méthode a consisté à récolter les données hebdomadaires de mortalité toutes causes confondues dans ces différents pays, réparties par groupe d’âge et par sexe, depuis au moins 2015 (jusqu’à 2010 si elles étaient disponibles). A partir de celles-ci, les chercheurs ont construit plusieurs modèles pour estimer quelle aurait dû être l’évolution probable de cette mortalité, toutes causes confondues, si l’épidémie n’avait pas eu lieu. Ils ont ensuite comparé les chiffres issus de ces modèles aux comptages effectués par les différents pays pendant les premiers mois de la pandémie.

Ce chiffre n’est donc pas un décompte direct des morts attribués au Covid-19, mais une différence entre l’évolution attendue et l’évolution réelle de la mortalité dans ces pays. Cette méthode permet notamment une comparaison entre eux, indépendamment des méthodes de comptage utilisées par les différents gouvernements.

Surtout, elle prend aussi en compte les décès qui ne sont pas forcément directement imputables à la maladie mais qui y sont liés. Par exemple, les décès de personnes souffrant d’autres maladies dont le traitement a été perturbé par la maladie mais qui auraient survécu en temps normal. Par contre, soulignent les auteurs, elle ne permet pas de faire la distinction entre les différentes causes de mortalité hors covid.