L'usage de moustiquaires imprégnées d'insecticide augmente de 63% la protection des enfants en bas âge contre l'anémie, conséquence directe de la malaria et principale cause de décès chez les tout-petits.

Dans les districts du Kilombero et de l'Ulanga, dans le sud-ouest de la Tanzanie, les moustiques anophèles femelles, porteurs du parasite responsable de la malaria, ne chôment pas. Là-bas, les gens subissent de la part du redoutable insecte en moyenne entre 200 et 300 piqûres infectieuses par année. C'est une des régions les plus exposées de la planète. Cette zone, habitée par 420 000 personnes, est aussi l'objet d'une attention soutenue de la part de chercheurs de l'Ifakara Health Research and Development Centre en Tanzanie et de l'Institut tropical suisse (ITS) à Bâle. Un vaste programme destiné à encourager l'utilisation de moustiquaires imprégnées d'insecticides est en cours. Dans un article publié par la revue British Medical Journal du 3février, les scientifiques démontrent que l'impact d'un tel projet de santé publique réduit le taux de morbidité (nombre de malades) chez les enfants en bas âge, les proies les plus vulnérables du Plasmodium falciparum. Par rapport à ceux qui ne l'utilisent pas, cette technique diminue de 63% les infections et les anémies sévères dues à la malaria.

«C'est la première fois qu'une étude est réalisée sur l'usage des moustiquaires dans des conditions réelles et à grande échelle, explique Christian Lengeler, privatdocent à l'Université de Bâle et responsable du projet. Nous n'avons pas distribué nous-mêmes le matériel, mais ce sont les gens qui l'ont acheté. Nous nous sommes chargés, avec les autorités, de faire du marketing social. C'est-à-dire de faire de la publicité pour encourager l'usage de moustiquaires et d'insecticides. Exactement comme la campagne stop-sida en Suisse qui promeut l'utilisation de préservatifs.»

La Tanzanie, avec ses 5millions d'enfants de moins de 5 ans, est un terrain particulièrement favorable à la réalisation et au succès d'un tel programme. La malaria cause la mort, chaque année, de 40 000 enfants. On estime que cette maladie réduit la croissance économique annuelle d'au moins 1,3%. La Tanzanie a été parmi les premiers Etats, dans les années 80, à adopter et à distribuer les moustiquaires imprégnées d'insecticides. C'est aussi le premier pays à avoir levé les taxes sur ce matériel, réduisant ainsi leur prix de près de la moitié. Du coup, un marché s'est créé et l'industrie textile s'est lancée dans l'aventure. «La demande est très forte et le réseau de distribution est maintenant à même d'atteindre le moindre village», précise Christian Lengeler.

Au départ, en 1996, le prix des moustiquaires a été fixé à 5 dollars et les sachets d'insecticide à 42 cents. Une ristourne de 17% est offerte aux femmes enceintes et aux mères de jeunes enfants. Depuis, grâce à la forte demande, les fabricants et les distributeurs ont réussi à vendre leurs produits encore moins cher, même si cela reste un investissement important pour les familles les plus pauvres. Un label est apposé au matériel ainsi vendu portant l'inscription Zuia Mbu, ce qui signifie «évite les moustiques». Des campagnes de publicité soutiennent l'opération.

Résultat: l'étude parue dans le British Medical Journal montre qu'entre 1997 et 1999, la proportion d'enfants de moins de 2 ans disposant d'une moustiquaire traitée est passée de 10% à 61%. En revanche, la fréquence des anémies sévères, résultat direct de la malaria, a chuté de 49% à 26%. Le travail des chercheurs n'est pas encore terminé. Cette étude a porté sur la morbidité, mais une autre, portant sur la mortalité infantile, est encore en cours. Ces projets sont financés par la Direction de développement et de la coopération (DDC).

Rien n'empêche les autres pays de suivre la même voie. Mais aucun d'eux n'a encore créé les conditions favorables pour qu'un tel programme démarre et s'entretienne lui-même. Il ne fait cependant aucun doute que le succès tanzanien fera des émules en Afrique.