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Le moustique ou maringouin, comme on le nomme au Québec.
© 123RF

Animaux badass (5/5)

Le moustique, serial killer et adepte du taï-chi

Ils tuent plus de 800 000 personnes chaque année, envahissent la planète et résistent aux grosses gouttes de pluie en utilisant leur force, tels des maîtres des arts martiaux. Les moustiques referment notre série sur les animaux badass

Le Temps: Vous considérez-vous comme l’animal le plus dangereux pour l’homme?

Le moustique: Nous sommes badass, et pas qu’un peu: notre famille, qui compte environ 3500 espèces, est responsable de plus de morts que les requins, les lions, les hippopotames, les crocodiles, les serpents. Mes congénères sont les vecteurs du parasite du paludisme et de vers responsables de filarioses, mais aussi des virus de la dengue, du chikungunya, du Zika, de la fièvre jaune, de l’encéphalite japonaise, de la fièvre à virus West Nile.

- Quel est votre bilan en tant que serial killer?

- La dengue est endémique dans plus de 100 pays. En 2015, la région des Amériques a signalé 2,35 millions de cas dont 10 200 cas de dengue sévère qui ont provoqué 1181 décès. Près de la moitié de la population mondiale est exposée au risque de contracter le paludisme de notre fait. Nous assurons la transmission de cette maladie dans 91 pays. Chaque année, environ 500 000 enfants meurent de paludisme.

En 2015, les conflits humains ont provoqué la mort d’environ 580 000 personnes alors que nous, moustiques, en avons tué 834 000 par l’intermédiaire des maladies que nous transmettons. Les requins n’avaient tué que 6 hommes, les serpents 60 000, les crocodiles 1000. Nous sommes aussi coriaces, comme l’ont montré en avril dernier des chercheurs britanniques de l’Ecole de médecine tropicale de Liverpool.

- Pouvez-vous nous résumer cette étude?

- Leurs travaux ont évalué l’impact des moustiquaires imprégnées de perméthrine, insecticide de type pyréthrinoïde. L’exposition à ce neurotoxique se traduit pour nous fréquemment par la perte d’une ou plusieurs pattes. Les experts considèrent comme moribonds ceux qui n’ont plus qu’une ou deux pattes. Ils estiment que ces amputés ne piqueront plus ou ne transmettront plus de maladie. C’est mal nous connaître!

- Voulez-vous dire que vous pouvez piquer, même amputé de plusieurs pattes?

- Exactement. Les chercheurs ont constaté que les moustiques femelles qui avaient survécu à l’insecticide et qui n’avaient qu’une ou deux pattes étaient toujours capables de piquer et de pondre. Il ressort que 84%, 76% et 52% des femelles ayant respectivement 6, 2 ou 1 patte parviennent encore à faire un repas sanguin. Enfin, le nombre de pattes n’a eu aucun effet sur la ponte, puisque les taux de succès étaient de 64%, 68% et 50% selon que les femelles avaient 6, 2 ou 1 patte. Ainsi, même très diminués physiquement, rien n’entame notre résolution à piquer et assurer notre descendance.

- Comment faites-vous pour repérer si efficacement les humains?

- Ce secret a été révélé en 2013 par des chercheurs de l’Université de Californie à Riverside. Ils ont montré que certaines de nos cellules nerveuses, les neurones cpA, détectent le dioxyde de carbone (CO2) ainsi que des odeurs émises par la peau humaine. En travaillant sur Aedes aegypti et Anopheles gambiae, qui transmettent respectivement la dengue et le paludisme, ils ont vu que nous nous dirigions vers des billes de verre quand elles étaient imprégnées de l’odeur de pied humain.

- L’été, même quand il pleut à verse, vous continuez à piquer. Comment faites-vous pour que les lourdes gouttes de pluie ne vous écrasent pas?

- C’est vrai, nous mesurons 3 mm pour une masse de 2 mg, alors qu’une goutte de pluie pèse entre 4 et 100 mg. C’est notre faible masse qui nous sauve. On choisit non pas d’éviter ou de résister aux gouttes, mais de se déplacer passivement avec elles. On devient un passager clandestin de la goutte, nous sommes les maîtres du taï-chi-chuan, art martial consistant à éviter les forces de l’adversaire pour simplement les accompagner dans la même direction. Nous utilisons nos ailes et nos pattes pour faire pivoter le couple que nous formons avec la goutte afin de nous en libérer.

Une dernière chose: au contact de la goutte, nous subissons une accélération équivalente de 50 à 150 fois notre poids. Une étude a évalué la force d’impact qui s’exerce alors sur nous à 300 à 600 dynes. Mais nous avons la peau dure! Grâce à notre exosquelette, qui soutient et protège notre corps, on peut encaisser des forces de 3000 à 4000 dynes.

- Vous êtes particulièrement fiers de la gent féminine parmi vos congénères…

- En effet, nous devons les bons chiffres de transmission du paludisme uniquement aux moustiques femelles, les anophèles. Sans leur action continue, rien ne saurait possible. Elles font à peine 5 mm de long mais elles accomplissent un travail considérable sur le terrain avec leurs six pattes et leur trompe.

- La mondialisation fait également votre affaire?

- Assurément. Nous arrivons de partout par avion, par camion, par bateau. Il est ensuite difficile de lutter contre notre expansion. A cet égard, le moustique tigre, Aedes albopictus, vecteur du chikungunya et de la dengue, a réussi son implantation en zone urbaine dans le Sud de la France et progresse vers le nord. En Suisse, il est présent dans le canton du Tessin. Dans un monde globalisé avec une forte urbanisation, source potentielle de perturbations des équilibres écologiques, notre avenir s’annonce radieux avec son lot probable de nouvelles maladies émergentes.

 

Dossier
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