Stupid Invaders

Que se passe-t-il lorsque les programmateurs de jeux vidéo rencontrent les scénaristes des dessins animés les plus délirants? Quelque chose qui ne doit pas être loin de «Stupid Invaders». Un produit hybride qui plaira aux lecteurs habitués aux cases de la BD, à l'esthétique de la distorsion et de la transgression, et qui amusera ceux qui préfèrent passer des heures collés à leur écran de PC (on les appelle des «nerds», non?) à tenter de résoudre, sauvegarde après sauvegarde, une énigme qui décidément leur échappe. Reprenons. Cinq êtres indéfinissables, à la bêtise abyssale, échouent sur terre par accident. Le temps de rebâtir ce qui leur sert de soucoupe volante (un «Flying Saucer» dans la plus pure tradition affublé d'un nez de cochon), une certaine accoutumance à la vie terrestre a fait jour chez certains d'entre eux. Stereo Monovici (un corps, deux têtes), est ainsi «capable de calculer le nombre de doubles croches dans une cantate de J.-S. Bach et la longueur exacte d'un rouleau de papier-toilette pour un régiment de 500 soldats», nous avertit le livret. Il est d'ailleurs très vite question de trône et de besoins naturels avec Budd Buddiovitch, le personnage que le joueur incarne dans ce qu'il est finalement pratique d'appeler un jeu d'aventures par écrans fixes. Le personnage («une larve, une loque, un quotient intellectuel équivalent au cerveau d'une méduse coupé en quatre», à en croire le livret) est en effet pourchassé par Bolok, tueur professionnel, l'homme de main d'un savant fou qui en veut aux extraterrestres. Budd trouve vite refuge aux petits coins où il s'enferme. Avant de trouver le moyen de l'en faire sortir, le joueur pourra le faire passer sur la cuvette, exercice pendant lequel force bruitages lui font comprendre que Budd avait un besoin urgent. Cette parenthèse scatologique refermée (elle se rouvrira d'elle-même très vite), le jeu peut reprendre. Il s'agira de résoudre, souris en main, une série d'énigmes dans une grande maison afin de retrouver les amis de Budd. Combiner des éléments retrouvés dans des tiroirs, sur des étagères ou dans des armoires. Un principe propre à générer l'ennui si l'on ne comprend pas tout de suite ce que le programmateur attend de nous. C'est parfois le cas ici. Heureusement, cette donnée est compensée par l'esprit potache qui règne d'un bout à l'autre du jeu: un moustique qui voyage de narine en narine de la tête d'un élan, trophée mis au mur, un poisson qui regarde la télévision, des musiques à faire pâlir de jalousie le plus kitsch des ascenseurs, etc. Autre plaisir de «Stupid Invaders»: son graphisme ne ressemble à celui d'aucun autre jeu. Au contraire de la majorité des productions dont l'esthétique se répète au point de bégayer, la ligne graphique de «Stupid Invaders» est d'une originalité réjouissante.

Stupid Invaders pour PC (distr. Logicosoftware) 79.– env.

Combat Flight Simulator 2

Première surprise en découvrant la deuxième version de ce jeu de simulation guerrière et aérienne qui reproduit la guerre du Pacifique suite à l'attaque par les Japonais, le 7décembre 1941 à 7h55, de Pearl Harbor: l'interface est inspirée de la BD des années 40. Pas d'animation à couper le souffle, pas de bande-son saturée qui mimerait le raid d'un escadron de chasseurs Corsair sur un atoll du Pacifique. Juste des images fixes qui défilent sur l'écran. Le charme agit. Une sobriété que l'on n'attendait pas dans un jeu comme celui-là. C'est que les gens de Microsoft se sont concentrés sur des enjeux plus techniques comme le moteur du jeu, hérité des simulateurs de vol les plus évolués. On dit également que les programmeurs ont effectué une sérieuse recherche documentaire sur la période de la Seconde Guerre mondiale. Et ils ont eu raison. «Combat Flight Simulator 2» réussit en effet à être très convaincant du côté de la simulation aérienne et très divertissant. Le joueur choisit tout d'abord son camp. Deux campagnes dynamiques lui sont proposées: du côté japonais ou américain. Que ceux qui n'ont jamais réussi à faire décoller un Piper sur les simulateurs traditionnels se rassurent pourtant: l'exercice est ici bien plus aisé. Le vol, lui non plus, ne pose pas de problèmes majeurs. Le joueur peut de toute manière paramétrer son avion selon son talent de pilote et déléguer à l'ordinateur les tâches les plus contraignantes. Mais les choses se compliquent lorsque les ennemis approchent puis vous tirent dessus. Les balles qui troueront votre appareil le rendront en effet bien plus difficile à maîtriser. Les commandes répondent avec un temps de retard et le sol se rapproche dangereusement… Plusieurs modes de jeux sont proposés. Des missions individuelles aux campagnes américaines et japonaises. Ce second choix retrace la totalité, ou presque, des batailles du Pacifique entre 1941 et 1944. Des Philippines aux îles Salomon en passant par Midway. Les missions sont diversifiées: attaques de navires, protection de bombardiers, frappes terrestres, etc. Il n'est pas nécessaire de toutes les réussir pour passer à l'étape suivante: le tout est de rester en vie. Mais il est des éléments à surveiller de près. La perte d'un coéquipier expérimenté, par exemple, prétérite la réussite d'une mission. Côté japonais, trois chasseurs sont à disposition: le Mitsubishi A6M2 et A6m5, le fameux «zéro» extrêmement maniable, et le Nawanishi Nik2-J avec ses quatre canons de 20 mm. Chez les Américains: le Grumman F4F-4 surnommé le «Wildcat», le P38 «Lightning», le Grumann F6F-3 «Hellcat» et le Vought F4U-4 ou «Corsair» aux 2000 chevaux, avec ses ailes aux accents circonflexes renversés. Tous sont extrêmement bien modélisés. On ne se lasse pas du plaisir de les regarder d'un angle de caméra qui permet de les voir en vol. Les impacts des balles dans la carlingue sont alors des plus visibles. Seul problème: il est littéralement impossible de les faire voler de la sorte. Les décors, eux aussi, sont magnifiques. Le tout fait donc un jeu dont le compromis entre réalisme et action est très réussi.

Combat Flight Simulator2 pour PC (distr. Microsoft), 85.– env.