Les mots de Carly Fiorina, la directrice exécutive de Hewlett-Packard, en ouverture du Cebit de Hanovre, ont confirmé ce que tout le monde craignait depuis le début de l'année sans vouloir le formuler: «Je ne suis plus très optimiste sur les chances d'une reprise de l'activité au deuxième trimestre aux Etats-Unis. Nous avons actuellement une visibilité très réduite, nous devons naviguer dans le brouillard.» Un certain pessimisme a plané sur les 26 halles de cette messe mondiale du multimédia. Le secteur semble cependant décidé à ne pas se laisser embêter par la conjoncture et, avec un entrain souvent forcé, les plus grandes marques sont venues dans le nord de l'Allemagne avec leurs nouveaux produits sous le bras.

Les fabricants de téléphones mobiles sont inquiets. Les sommes englouties par les opérateurs européens dans l'acquisition des licences UMTS qui permettront de lancer la troisième génération de portables – celle de la véritable convergence de l'image et du son, promettent-ils – risquent de les pénaliser. «Il ne faut pas rêver, glisse un cadre d'une grande marque française. Le public ne verra pas de téléphone UMTS avant 2003 au plus tôt. C'est lui qui décidera s'il en veut, et non l'industrie.» La situation frôle la schizophrénie: tous ont l'UMTS en tête, mais tous sont venus présenter leurs produits GPRS, une norme de transmission des données par paquets qui permet une vitesse d'envoi et de réception jusqu'à quatre fois supérieure au GSM.

Quant à l'ordinateur, même si les ventes de PC stagnent pour la première fois de l'histoire de l'informatique (Sciences & multimédia du 13 mars 2001), deux secteurs semblent se porter beaucoup mieux. Il s'agit d'une part des agendas électroniques et, de l'autre, des périphériques, plus particulièrement des graveurs de DVD, qui commencent à conquérir le grand public.

Téléphones

Nokia, leader mondial, a lancé deux modèles GPRS haut de gamme. Le 6310, disponible en octobre, permet d'accéder aux services Wap. Il est également compatible Bluetooth, un nouveau standard de communication entre les appareils sans fil. Le 8310, avec ses 169 combinaisons de couleurs, intègre une radio FM. Les deux, selon Nokia, ont un débit de 40 kilobits par seconde si le réseau n'est pas trop encombré, un débit qui approche celui d'un modem classique à 56 kilobits. Cette vitesse pourra atteindre 60 kilobits avec les prochaines innovations sur les réseaux. En comparaison, le GSM atteint 9,6 kilobits. Ericsson, avec le T68, disponible avant la fin de l'année, lance son premier appareil avec écran couleur. Utilisable aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe, car tribande, il fait partie, avec le T39 qui sort en avril et le R520, des trois téléphones GPRS fabriqués par le groupe suédois dont la branche mobile a subi des pertes importantes récemment. Comme le T68, le T39 est compatible Bluetooth. Autre lancement d'Ericsson: la première caméra pour GSM qui permet d'envoyer des images depuis son mobile. Un gadget qui aura le même succès que le SMS (15 milliards d'envois par mois) espère Ericsson. Motorola, Siemens, Alcatel, Philips ont également annoncé le lancement de produits GPRS, disponibles généralement d'ici à cet été. Autant dire que c'est là le nouveau champ de bataille des constructeurs. C'est Nokia qui semble le plus prudent: le groupe juge que le marché sera mûr en 2002 seulement, mais espère en conquérir 35%. Il n'envisage donc pas de produire des volumes importants avant la fin de l'année. Les experts évaluent le marché aux alentours de 20 à 30 millions d'unités pour 2001. Les applications (accès au mail, à des images de télévision, positionnement, etc.) convaincront-elles les consommateurs? Sur ce point, après l'échec du Wap, tout le monde est prudent.

Agendas électroniques

Les grandes annonces du Cebit marquent la progression de la plate-forme Palm OS, leader sur le marché européen. Palm a dévoilé deux nouveaux modèles dans sa série m500: le m500 noir et blanc et le m505 couleur. Les deux disposent d'un processeur à 33 Mhz et de 8 Mo de mémoire. Ils se distinguent par le port d'extension SD (Secure Digital) qui permet d'augmenter la mémoire de l'agenda et d'ajouter des fonctions comme le GPS. Les cartes SD sont de la taille d'un timbre. Les deux appareils devraient être disponibles entre mai et juin et coûteront entre 900 et 1000 francs. Le nouveau modèle de Handspring, le Visor Edge, est sorti quelques semaines avant le Cebit. S'il est en concurrence avec la série V de Palm, il semble mieux équipé que ce dernier, grâce notamment au dernier processeur Motorola cadencé à 33 Mhz. Il partage avec le Palm V ses 8 Mo de mémoire et son écran monochrome. Le Visor Edge pèse 136 grammes et sera disponible en avril pour un prix qui tournera autour des 900 francs. Innovation partagée par lui et les nouveaux Palm: une alarme silencieuse grâce à une diode clignotante. Si la mémoire et les performances de ces ordinateurs de poche sont en constante augmentation, c'est qu'ils se transforment toujours plus en couteaux suisses de l'ère électronique, ajoutant une extension après l'autre. Handspring dispose de quarante extensions dont vingt sont disponibles en Europe. La société a présenté, entre autres, un module de lecture de fichiers MP3, une caméra à placer sur son Visor ou encore une extension qui transforme son agenda en téléphone portable. La téléphonie, avoue-t-on volontiers chez Handspring, est le nouveau cheval de bataille de la marque qui travaille actuellement avec plusieurs opérateurs européens pour lancer ce système avant l'été. Du côté de la plate-forme Windows CE, peu de nouveautés: l'iPaq H 3660 de Compaq double de mémoire (64 Mo) et supporte le port USB alors qu'HP lance un Jornada pour un prix d'environ 750 francs.

Périphériques

Les taux d'équipement en PC en Occident et en Asie ont atteint des sommets. «C'est la mort du PC» se sont exclamés certains analystes. D'autres sont d'avis qu'au contraire, l'ordinateur est aujourd'hui au centre de plusieurs secteurs en développement, dont il est devenu une pièce centrale. Différentes nouveautés du Cebit semblent leur donner raison. Pioneer, Philips et HP y ont chacun présenté leur graveur de DVD. Tous gardent pour l'instant un profil bas en stipulant que leur produit est destiné à la confection de films de famille (Hitachi a d'ailleurs sorti à Hanovre la première caméra au format DVD), et non à la copie de longs métrages. Il s'agit de ne pas se fâcher avec l'industrie du film, et notamment Hollywood, qui craint de perdre beaucoup d'argent avec ces nouveaux produits. Les films DVD sont protégés par des codes, rétorque-t-on sur les stands du Cebit. Certes, mais les pirates s'en joueront. Une société suisse a investi ce marché. Vivastar, basée à Zoug, lance cet été un graveur externe au format DVD-R, le RS 121, qui permettra de stocker jusqu'à 4,7 GB d'informations. Vivastar est la seule entreprise au monde à développer elle-même le matériel, les logiciels et les supports de ses graveurs. Tout semble indiquer que ces marques se préparent à l'avènement de bourses d'échange de films sur le modèle de ce que Napster a fait avec la musique.

Autre périphérique: les souris. Logitech lance, pour une centaine de francs, sa première souris optique sans fil. Elle devrait arriver dans les magasins dès la fin du mois. La durée de vie des piles est de trois mois environ et la puce optique bénéficie d'une résolution deux fois plus élevée que les autres souris optiques. Dernière grande nouveauté: Iomega a présenté sa dernière solution en matière de stockage de données. Un produit que la société inventrice des Zip a appelé Peerless. Un disque dur externe en deux parties (station de base pour l'électronique et cartouche pour la mémoire) capable de contenir 5, 10 ou 20 GB, soit un film ou le contenu entier d'un PC de bureau. Vitesse de transfert: 15 MB par seconde. L'interface, s'adapte à l'USB, au FireWire et au SCSI. Le Peerless coûtera 600 francs environ et sera disponible en juin.