«Comment protéger les jeunes internautes?» Stéphane Heller, enseignant vaudois, a profité d'un mémoire de licence* pour apporter sa réponse à la question qui préoccupe tous les parents et professeurs à l'ère des ados internautes. Le jeune homme décevra ceux qui, après la télévision, se réjouissaient de pouvoir parquer leurs enfants devant l'ordinateur: les cybernounous ne remplacent pas la surveillance d'un adulte. Interview.

Le Temps: Quels sont les risques auxquels s'expose un enfant qui navigue sur Internet?

– Stéphane Heller: D'abord, on met beaucoup en évidence le risque de faire de mauvaises rencontres sur les sites de discussion en ligne. Je pense notamment aux pédophiles qui utilisent les chatrooms pour donner rendez-vous à des jeunes. Mais dans les faits, on exagère nettement: le risque est assez faible.

– Comment éviter les mauvaises rencontres?

– Le plus simple est d'expliquer aux enfants qu'ils ne doivent pas donner leurs coordonnées sur un site de discussion. D'après mon expérience, les jeunes utilisent beaucoup ce genre de services de discussion en direct et connaissent très bien les règles d'anonymat à respecter.

– A part ce risque «physique», à quels autres dangers sont exposés les jeunes internautes?

– Le plus grand problème, c'est la navigation sur le Web. Début 1999, il y avait 100 000 sites pornographiques et le nombre augmente très rapidement. En surfant sur le réseau, on tombe presque forcément par hasard une fois ou l'autre sur un site de ce type – par exemple, en faisant une simple faute de frappe.

– Les deux grands navigateurs du marché, Explorer et Netscape, permettent de couper l'accès aux sites étiquetés violents ou choquants. Faut-il activer cette fonction?

– Non. L'idée d'indiquer le degré de violence ou de sexualité d'un site était bonne. Mais personne ne joue le jeu et, au vu du nombre de sites qui se créent chaque jour, il est impossible que cela s'améliore. Cette solution n'amène donc rien.

– Il existe des programmes de filtrage, qui coupent automatiquement l'accès aux sites pornographiques. Qu'en pensez-vous?

– C'est une mauvaise solution. J'ai testé deux de ces programmes

(Cyberpatrol et Surfwatch, fonctionnant sur PC et Mac). Ils reconnaissent un certain nombre de sites «illicites» et de sites «licites». On peut choisir de couper l'accès aux premiers ou de n'autoriser la visite que des seconds. Les sites, pornographiques ou non, prolifèrent tellement rapidement que le programme est toujours en retard. Il ignore notamment le Web non anglophone. Enfin, la curiosité des enfants qui se voient refuser l'accès à un site sera piquée: il y a fort à parier qu'ils noteront l'adresse et s'y connecteront depuis un accès Internet non filtré, par exemple un cybercafé.

– Les parents doivent-ils dès lors empêcher l'accès au Net?

– Ce serait couper les enfants d'une source d'informations incroyable et je ne le conseille pas. En plus, les enfants seront forcément un jour ou l'autre exposés au Net. La seule solution, qui demande un investissement de temps de la part des parents, c'est l'encadrement. Dans un premier temps autoriser l'enfant à se brancher sur Internet seulement en présence d'un adulte. Cela permet de connaître les intérêts de l'enfant et de lui signaler les zones à risque. Il y a un certain nombre de règles à fixer: ne pas cliquer sur des liens obtenus par des e-mails dont on ne connaît pas l'expéditeur, ne pas donner d'informations privées et se méfier des informations que l'on peut obtenir sur le Net.

– On ne peut pas toujours surveiller l'enfant qui surfe sur le Net. Que faire une fois qu'il est sensibilisé aux risques?

– D'abord, placer l'ordinateur dans une pièce commune et signaler clairement que l'adulte peut à tout moment voir ce que fait l'enfant. C'est vrai que cela demande du temps, mais il faut jeter un coup d'œil de temps à autre. On peut également consulter régulièrement l'historique (ndlr: fonction qui permet de retracer le parcours de l'internaute).

– Les parents qui ne connaissent pas le Net rechignent à laisser leur enfant se brancher sur le Web. Que peuvent-ils faire?

– L'enfant peut leur apprendre. Le problème n'est pas technique. Même en connaissant moins bien le fonctionnement d'Internet que son enfant, un adulte est tout à fait capable de juger si les sites sont adaptés à un jeune public. L'idéal est d'ouvrir le dialogue: les enfants sont souvent de très bonnes sources pour se tenir au courant des dernières nouveautés.

*Disponible à l'adresse http://www.cova.ch/sheller