Deux raisons majeures expliquent la révolution actuellement en cours dans le raccordement au Net. Primo, les progrès technologiques. Secundo, la mise à disposition par Swisscom (encore hésitant pour l'heure) de branchements téléphoniques de particuliers à des prestataires concurrents. La nouvelle donne rend possible l'utilisation d'une technologie courante aux Etats-Unis depuis longtemps: la Digital Subscriber Line (DSL), traduisible par «ligne numérique de louage». Par rapport aux modems analogiques et adaptateurs ISDN traditionnels, la DSL assure la transmission de données via une ou deux lignes téléphoniques et augmente, de manière plus que significative, le débit d'informations. Le DSL offre ainsi une connexion permanente, tout en supprimant les frais de téléphone. Il comprend plusieurs variantes, qui se distinguent avant tout par les largeurs de bande (raison pour laquelle on l'appelle aussi souvent xDSL).

Le signal de départ a donc été donné par Swisscom, lorsqu'il a décidé de louer des lignes téléphoniques privées à un cercle – encore – restreint de fournisseurs d'accès au Net. Il s'est ainsi ouvert un nouveau champ d'application pour la DSL asymétrique (ADSL).

La principale caractéristique de cette technologie est sa configuration asymétrique: le transfert des données allant du Réseau vers l'internaute prend appui sur des largeurs de bande supérieures à celles utilisées pour le cheminement inverse.

Théoriquement, l'ADSL serait compatible avec des largeurs allant jusqu'à 6 mégabits, soit près de cinquante fois le débit ISDN. Sans doute pour ne pas concurrencer les affaires lucratives que représentent les lignes louées, les deux variantes offertes se situent cependant encore à des niveaux nettement inférieurs (512 kbit/128 kbit et 256 kbit/64 kbit). Actuellement, la méthode ADSL est proposée par cinq fournisseurs d'accès: VTX, en Suisse romande, Econophone, Bluewin, Easynet et Callino, tous quatre basés à Zurich. Fin janvier, le bâlois Tiscali Data-Comm a annoncé son intention de se lancer sur le marché ADSL au printemps prochain.

Les plus et les moins de l'ADSL

Les prix de location de tels accès se montent à environ 100 francs par mois pour les variantes modestes et à 150 francs pour celles fonctionnant grâce à des largeurs de bande plus généreuses. Swisscom, sévèrement critiqué pour sa politique de prix jugés excessifs, vient de repenser ses tarifs et compte les baisser de moitié. Une décision qui aura des incidences sur les abonnements ADSL. Leurs prix devraient à leur tour diminuer.

Les clients visés par la palette de services ADSL sont, en premier lieu, des particuliers passant beaucoup de temps sur le Net. De fait, la nouvelle technologie s'avère séduisante pour tout internaute qui – par comparaison avec les liaisons traditionnelles par modem – apprécie un meilleur confort, notamment en matière de vitesse de transmission.

A condition d'être équipées de l'infrastructure interne indispensable, les entreprises de taille modeste risquent également de s'intéresser de près au procédé en tant qu'accès au Réseau relativement bon marché. Le forfait mensuel est rapidement plus avantageux que la facture téléphonique, dès lors qu'on se branche sur le Net essentiellement pendant la journée, autrement dit dans des plages horaires onéreuses.

Le système ADSL n'est toutefois pas adapté à l'exploitation de serveurs maison. Il ne sert qu'à surfer sur le Web. Il existe cependant une alternative, lancée à l'automne 2000 par le fournisseur d'accès Kpnqwest et appelée CityDSL. Celle-ci se caractérise par des taux de transmission pouvant atteindre jusqu'à 2 mégabits, et cela dans les deux sens (contrairement à ce qui se passe dans le cas de l'ADSL). Le coût de la formule dépend des volumes mis à contribution, le tarif de base mensuel s'élevant à 250 francs.

Par contraste avec les lignes de location usuelles, les largeurs de bande ne peuvent, certes, pas être garanties, mais le prix beaucoup plus attractif de CityDSL devrait, sans aucun doute, compenser cet inconvénient, dès lors qu'il s'agit simplement d'être en ligne de manière ininterrompue, ainsi que d'exploiter le site Web et la messagerie de sa propre petite entreprise.

Les réseaux câblés de télévision Tandis qu'il y a à peine un an, seules des passerelles analogiques ou ISDN jouaient, presque partout dans le pays, le rôle de sésame d'Internet, la situation se présente aujourd'hui – surtout dans les centres urbains – de manière nettement plus diverse. Depuis pas mal de temps déjà, Cablecom propose, par le truchement de Hispeed, une entrée dans la Toile via son réseau câblé. Du point de vue des largeurs de bande, Basic et Comfort – les deux types d'abonnement offerts – sont identiques à la gamme des offres ADSL. Comptant à ce jour environ 25 000 utilisateurs, Cablecom est leader dans le secteur des accès à larges bandes à domicile. Il faut cependant sérieusement s'attendre à ce que la disponibilité de solutions ADSL soit bientôt grandement accrue. Quelles que soient les évolutions futures, le particulier ne peut (encore) disposer de Hispeed et des solutions ADSL que dans des zones géographiquement restreintes. Sur leur site Internet respectif, Cablecom et les fournisseurs d'accès ADSL permettent au client potentiel de savoir si leurs services lui sont accessibles depuis son domicile.

Les services additionnels feront la différence

Dans les régions où les deux technologies sont présentes, Hispeed et le système ADSL se concurrencent directement, tant en matière de prix que de largeurs de bande offertes. Aux Etats-Unis, la concurrence entre réseaux de chaînes TV câblées et offres DSL a fait passer le taux de couverture des ménages de 20 à 70% en seulement trois ans. En raison de la panoplie d'offres pratiquement identiques, le jeu de la concurrence obligera probablement les acteurs suisses à se battre pour des parts de clientèle par le truchement de prestations de services complémentaires.

A ce sujet, les experts évoquent les services multimédias, tels que l'écoute de stations de radio ou la vidéo sur demande, ainsi que la téléphonie en ligne ou des applications informatiques traditionnelles. Il est vraisemblable que les accès à la Toile via de grandes largeurs de bande passent par les mêmes stades de développement que les liaisons par modem. Une fois que les prix auront été abaissés jusqu'à un minimum, ce seront très certainement les services annexes qui décideront du succès ou de l'insuccès des différentes propositions.

L'avenir est dans l'air: WLL et satellite

En ce moment, les liaisons Internet à base de grandes largeurs de bande s'opèrent presque exclusivement par câble. Dans les années qui viennent, la donne sera bouleversée par l'introduction de nouvelles technologies qui rendront possible la transmission de données par radio.

Cette évolution se dessine clairement à travers le développement du Wireless Local Loop (WLL), que l'on peut traduire par branchement Internet sans fil. Callino est le premier fournisseur d'accès et détenteur d'une licence WLL qui a osé se jeter à l'eau. Cette société a récemment mis en service une antenne idoine dans la région zurichoise.

Proposant des largeurs de bande allant jusqu'à 8 mégabits, elle ne s'adresse toutefois qu'à des entreprises. Callino a en conséquence l'intention de s'étendre prioritairement dans des zones où la densité de ces dernières est élevée.

Tandis que le procédé WWL est appelé à s'ériger à terme en produit de masse, une autre technologie – également basée sur la transmission sans fil – devrait, elle, s'établir en tant que produit destiné à une niche de marché: l'accès à la Toile par satellite.

En réalité, avec cette technique, seule la réception emprunte en principe la voie des airs, l'expédition de données nécessite toujours une connexion conventionnelle. Des prestataires de services tels que SkyWorld offrent des largeurs de bande allant jusqu'à un maximum de 4 mégabits. En revanche, leurs offres présentent l'inconvénient d'être relativement chères, les montants des factures dépendant des volumes d'informations véhiculés.

Malgré son coût élevé, Internet par satellite représente pourtant une véritable alternative dans des régions où il n'existe pas d'autres offres haut-débit, dès lors que l'on fait une utilisation intensive du Net.

Le multimédia à l'horizon

Selon les prévisions des spécialistes, l'accès haut-débit à Internet via de larges bandes devrait donc assez rapidement s'ouvrir aussi aux simples particuliers. Cette étape ne constituera pas uniquement une avancée technologique: elle est susceptible d'influencer aussi durablement le comportement des utilisateurs.

Il est en effet acquis qu'une passerelle vers le Réseau disponible de manière permanente – 24 heures sur 24 – favorise le recours aux applications multimédias, telles que des programmes de télévision ou de la vidéo à la demande, ainsi que le téléchargement de logiciels, de morceaux de musique ou de livres numériques. Le modem pourra dès lors, et selon toute vraisemblance, être admiré au musée.

Traduction: Peter Loosli

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