C'est à n'y plus rien comprendre. Depuis l'annonce par Sega de l'abandon de la production de sa console Dreamcast pour mars, le 23 janvier dernier, on croyait le produit condamné. Or cette console en fin de vie est soudainement catapultée en tête des ventes. Le monde à l'envers? Non, plutôt le dernier coup du géant nippon sur le marché du hardware. Sega, suite à son annonce historique du 23 janvier, a décidé de passer à la liquidation de ses stocks en sacrifiant leurs prix de vente. Aux Etats-Unis celui-ci est tombé à 99 dollars (170 francs suisses environ), alors qu'au Japon on peut obtenir cette console pour l'équivalent de 130 francs, avec en prime quelques-uns des meilleurs jeux disponibles. En Suisse, le prix de vente à Noël était de 329 francs à Noël. Il est maintenant tombé à 199 francs. Cette politique de prix a eu un impact direct sur le marché, propulsant Sega en tête des ventes au Japon. Jugez plutôt: pour la semaine écoulée, pas moins de 47 682 unités ont été vendues, dépassant donc les ventes de la PlayStation 2, sa rivale produite par Sony, qui ne totalisent que 40 353 pièces. Pour se faire une idée du bond en avant que cela représente, le total des ventes, avant la baisse des prix, dépassait à peine les 6 000 unités. Cette explosion s'est également répercutée sur les softwares, puisque ce n'est pas moins de 64 000 jeux qui ont été écoulés, sur la même période.

Ces chiffres ont de quoi allécher les éditeurs de jeux qui vont continuer de produire pour cette plate-forme. Sega avait annoncé une centaine de nouveaux jeux pour sa console vedette. Mais les autres éditeurs faisaient preuve jusqu'à aujourd'hui d'un désintérêt certain pour la Dreamcast. Ces excellents récents résultats vont-ils changer la donne? Cela serait très surprenant. Une année réjouissante s'annonce cependant pour tous les possesseurs de la Dreamcast, au vu des nouveaux titres annoncés (lire encadré). Moins réjouissant est l'état du siège de Sega Japon qui a récemment demandé à ses employés 300 «démissions volontaires». L'entreprise devrait en outre annoncer une perte astronomique, pour l'année fiscale 2001. Mais comment arriver à un tel désastre avec une console qui reste pourtant la plus intéressante du marché actuel (au vu du nombre et de la qualité des titres disponibles)?

En réalité, chaque constructeur de console perd de l'argent dans ce secteur du hardware. Que ce soit Sega, Sony ou Nintendo, tous essuient une perte sur chaque machine vendue. En effet la recherche, le design et la production d'une console ont un coût bien plus élevé que le capital récupéré sur les ventes. En théorie, les compagnies peuvent compenser ces pertes grâce aux profits (souvent colossaux) issus des ventes de jeux sur leurs consoles. Et c'est à ce moment de l'équation qu'intervient le problème qu'a rencontré Sega. Les ventes de la Dreamcast n'ayant pas atteint le niveau attendu, la compensation escomptée sur les jeux n'a pas pu arriver. L'effet direct a été un manque de liquidités pour promouvoir des titres pourtant magnifiques. Et c'est le début d'une spirale infernale qui avait déjà débuté avec les performances désastreuses de la Saturn (la console précédente de chez Sega). L'avenir du constructeur nippon est donc en péril et il concentrera ses activités en tant qu'éditeur-tiers.

Reste une console culte, unique et attachante, non seulement pour l'originalité de ses accessoires, mais aussi pour l'inventivité de ses jeux. On se souviendra longtemps de «Samba de Amigo», un délirant simulateur de maracas. Un des titres les plus étonnants est encore à venir, son nom: «Segagaga» (sic). Il s'agit d'un jeu de simulation financière dont le but est d'imposer Sega et la Dreamcast sur le marché mondial. Un cocktail d'humour et d'autodérision, des qualités trop rares qui pourraient, elles aussi, être amenées à disparaître de l'univers du jeu

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