Il faut avoir vu les scientifiques tourner autour de Swiss T1 pour comprendre la portée de la nouvelle acquisition de l'institution lausannoise. Entrant les uns après les autres dans la salle informatique sécurisée de l'EPFL, une multitude de mathématiciens et d'informaticiens (un congrès international avait lieu le jour même de l'inauguration, la semaine dernière) tournaient comme s'il s'agissait de la pierre philosophale autour de ce qui peut se résumer à une grosse boîte traversée de câbles multicolores. Mais l'armoire en question est siglée Compaq et elle renferme 70 processeurs Alpha. Et cela change tout. De conception parallèle (voir ci-dessous), Swiss T1 fera souffler un vent nouveau sur l'informatique académique. Swiss T1 est un supercalculateur. Ses 70 processeurs lui permettent de réaliser jusqu'à 1 milliard d'opérations à la seconde. Une puissance approximativement équivalente à celle de 200 PC mis ensemble. Cette puissance de calcul sera utile à tous les chercheurs de l'EPFL, particulièrement à ceux qui travaillent dans le champ de la bio-informatique. «Une discipline qui a commencé avec le séquençage du gène humain, explique Michel Deville, responsable du projet Swiss T1. La deuxième phase est le séquençage de la protéine.» Cette opération nécessite une grosse somme d'informations. Autre exemple où Swiss T1 pourra se rendre utile: «Dans le cerveau, les synapses évoluent sans arrêt, explique le professeur Stefan Catsicas, vice-président de l'EPFL pour la recherche. Comment calculer ces changements et comment savoir s'ils affectent notre manière de voir le monde? Swiss T1 nous aidera à y répondre.» Le joyau lausannois a donc une application principalement médicale.

Mais au travers de la société privée en cours de fondation Cluster Solutions SA, dont les chercheurs qui ont mené le projet à bien sont les principaux actionnaires, le supercalculateur pourra également être vendu. Les fondateurs de Cluster Solutions espèrent vendre en 2001 entre 20 et 35 machines à 12 processeurs «Ready to run». Parmi les clients potentiels: les services de météo, très gourmands en force de calcul.

Swiss T1, c'est son originalité, est construit d'éléments produits en série, alors que les ordinateurs vectoriels demandent une production originale. Une option qui a permis de réduire les dépenses à 4,5 millions de francs. Compaq a aussi consenti des rabais conséquents. «Swiss T1, c'est une nouvelle race d'ordinateurs, résume Jean-Jacques Suter, directeur de Compaq Suisse romande. Au lieu de faire fabriquer une grosse boîte, on en prend plusieurs petites que l'on relie grâce à un réseau à haut débit. Si un nœud tombe en panne, toute la machine ne le suit pas. La maintenance est plus simple. On peut découpler puis réaccoupler les nœuds à volonté. Et il est facile d'ajouter de nouveaux ordinateurs à la structure afin d'augmenter sa puissance. En clair, on n'est pas bloqué dix ans avec la même machine.»

Car le but est d'atteindre Swiss T2: 500 processeurs pour une puissance de 1 teraflop qui justifiera enfin le «T» du projet Swiss Tx. Il s'agira ensuite de faire du Web supercomputing: répartir les machines en réseau et ne les rassembler que pour faire des calculs et des simulations. On sera alors à Swiss T3.