psychologie

Pourquoi les musiques de jeux vidéo sont les meilleures pour se concentrer au travail

Composées pour immerger le joueur et capter son attention, les musiques de jeux vidéo favorisent l’état de «flow» cérébral, un état de concentration maximale parfait pour jouer… ou pour travailler. Nos conseils, et notre playlist

S’asseoir en face de son clavier d’ordinateur. Commencer à répondre à des dizaines de messages. S’arrêter après avoir écrit à peine une phrase pour – au choix – aller aux toilettes, se préparer un café, acheter un t-shirt en ligne ou encore vérifier ses notifications sur les réseaux sociaux… La scène vous semble familière? C’est normal. Nous la vivons tous quotidiennement. Face à des tâches cognitives, notre attention peut se montrer indomptable, passant en revue à peu près toutes les activités et pensées possibles, pourvu qu’elles nous détournent des corvées à accomplir.

Plusieurs techniques existent pour y remédier. L’une des plus courantes consiste sans doute à écouter de la musique. Car si certains morceaux ont le don de nous distraire, d’autres mélodies sont en revanche plus propices à faire entrer le cerveau dans un état de concentration maximale, appelé «flow», qui souvent s’accompagne d’une productivité accrue. Mais toutes les musiques ne sont pas égales. Certaines donnent envie de danser, de chanter… Pour se concentrer, les musiques d’ambiance, présentes en nombre dans les jeux vidéo, sont certainement parmi les plus efficaces.

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Effet Mozart

Les effets de la musique sur le comportement sont depuis longtemps étudiés. L’un des plus célèbres exemples est sans doute ce qui fut appelé «l’effet Mozart». En 1993, la revue Nature publia les travaux de l’équipe de Frances Rauscher de l’Université de Whoshoa, aux Etats-Unis. Cette psychologue avait imaginé une expérience dans laquelle des volontaires écoutaient pendant dix minutes soit la Sonate pour deux pianos en ré majeur de Mozart, soit des instructions verbales de relaxation, ou du silence. Puis ils effectuaient immédiatement et durant quinze minutes des tests de raisonnement spatial visuel et abstrait, l’une des composantes des tests de QI. Résultat, le groupe ayant écouté l’œuvre de Mozart obtenait de meilleurs scores que les autres.

Ecouter du Mozart pour augmenter son QI? Les médias n’ont pas résisté à ce dangereux raccourci, quand bien même l’effet ne fut jamais confirmé par d’autres scientifiques. Pour l’anecdote, la faiblesse de ces résultats n’a pas empêché, aux Etats-Unis, les gouverneurs du Tennessee et de la Géorgie de demander la distribution dans leurs Etats respectifs de CD de Mozart à chaque nouveau-né… «La musique a peut-être le pouvoir d’améliorer l’attention et les performances cognitives, mais ce sont des relations très difficiles à démontrer», avance Laura Levy, psychologue au Georgia Institute of Technology à Atlanta.

La musique, cet os pour chien

Une chose est sûre: les circuits neuronaux de l’attention sont impliqués dans ce phénomène. Dans le cerveau, ils sont divisés en deux grands systèmes. Le premier, conscient, est celui qui permet de se concentrer sur une tâche donnée, par exemple rédiger un e-mail. Le second, inconscient et activé en permanence, passe son temps à scanner l’environnement à l’affût de bruits ou d’autres stimulus suffisamment importants pour déranger le premier système et le faire «changer de sujet». Un voisin d’open space qui éternue ou une pensée futile: d’abord inconsciemment détectés, ces stimulus finissent par accaparer notre attention. Faut-il y voir le reliquat de notre cerveau reptilien ancestral, adapté à un environnement dangereux, à une époque où le moindre craquement de branche pouvait signifier l’arrivée imminente d’un prédateur? Peut-être.

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Pour Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherches en neurosciences cognitives au sein de l’unité Inserm Dynamique cérébrale et cognition, à Lyon, et auteur du livre Le cerveau funambule, des neurones dits sentinelles évalueraient constamment l’intérêt de ce que nous entreprenons. Et seraient responsables de nos décrochages. Quelle que soit la structure expliquant le phénomène, la musique semble pouvoir agir sur l’arbitrage entre ces deux systèmes. Elle est en effet capable de happer le système inconscient de l’attention, l’empêchant ainsi de distraire la composante consciente. Autrement résumé, la musique, c’est un os jeté à un chien afin d’avoir la paix.

Torture tympanique

Mais il ne faut pas jeter le premier os venu: la musique doit répondre à certains critères. D’abord sur le tempo: celui-ci doit être plutôt lent… mais pas trop non plus, sinon le chien revient à la charge. Une musique d’ambiance au tempo modéré, comme de nombreux jeux vidéo en proposent, bercera l’attention inconsciente plus efficacement qu’un morceau de speedcore.

Les musiques de jeux vidéo sont souvent uniquement instrumentales, et tant mieux: les voix sont des aimants à attention. «De la musique classique, au tempo lent et calme, peut avoir des effets positifs sur certaines tâches de compréhension du langage et de mémorisation», résume Mireille Besson, du Laboratoire de neurosciences cognitives à Marseille. «A l’inverse, si l’arrière-plan sonore est très prenant, par exemple s’il est trop rapide ou s’il contient des modulations de tonalité, il peut faire perdre le fil de la tâche.» Enfin, la musique doit plaire, ce qui explique sans doute en partie les disparités individuelles constatées lors des études scientifiques.

L’IA cheffe d’orchestre

La musique de jeu vidéo constitue donc un os parfait pour détourner l’attention inconsciente. Ce qui n’a finalement rien d’étonnant: après tout, elle est composée avec pour objectif d’immerger le joueur dans l’univers de l’œuvre et de le mettre dans de bonnes conditions pour conserver son attention sur le jeu.

Reste à savoir vers quels jeux vidéo se tourner. Les productions modernes, avec leurs larges budgets, n’hésitent pas à recruter de véritables orchestres professionnels dont la production sera plus propice à la concentration et à la relaxation que les bandes-sons des Pac-Man ou, pire, de Bubble Bobble. Les musiques d’ambiance, ainsi que celles des menus, sont à privilégier pour qui désire se concentrer.

Une différence entre introvertis et extravertis

Reste que malgré ces quelques grandes lignes sur la manière de choisir la meilleure bande-son pour se concentrer, les résultats ne sont jamais garantis. Comme le souligne Laura Levy, «il est à peu près impossible de trancher définitivement quant à l’impact de la musique sans prendre en compte les différences individuelles». Dans ses travaux de thèse, la chercheuse a ainsi remarqué une différence dans l’interprétation du gain de concentration perçu, selon que les personnes sont introverties ou au contraire extraverties. «Les extravertis ont le sentiment que la musique les aide à se concentrer sur le jeu, tandis que les introvertis disent que la musique les aide à oublier le fait qu’ils étaient en situation expérimentale.»

Les jeux vidéo ne sont pour finir pas le seul secteur à proposer des musiques propices au «flow» cérébral: les machines aussi s’y mettent. Ainsi la start-up Brain.fm, qui a mis au point une application web et mobile reposant sur des algorithmes d’intelligence artificielle capables de générer des morceaux musicaux, promet de faire écouter à ses clients divers morceaux selon les situations (concentration, méditation, sommeil et sieste sont pour l’instant disponibles). D’après l’entreprise, leur musique «stimule les circuits attentionnels du cerveau» et déclenche les effets recherchés après une dizaine de minutes d’écoute.


Pour bien se concentrer, la playlist jeux vidéo du «Temps»

Envie d’essayer de travailler avec de la musique de jeux vidéo? Nous avons sélectionné quelques morceaux dans cette playlist disponible sur YouTube. Elle regroupe divers styles pour des dizaines d’heures d’écoute.

Nos conseils:

  • Cette playlist n'est pas faite pour être «écoutée» à proprement parler, elle doit rester un discret fond sonore
  • Privilégiez donc l’écoute à bas, et même très bas volume, de préférence avec un bon casque audio
  • Si un morceau vous déconcentre, passez-le. Mais ne vous focalisez pas sur le son: même parfaitement concentré, il est normal de décrocher de temps à autre. Il vaut alors mieux ne pas trop y prêter attention, plutôt que de passer son temps à zapper les morceaux.
  • Le cerveau a besoin de dix à quinze minutes pour passer en «flow», ce n’est pas instantané
  • L’ordre n’a aucune importance, vous pouvez commencer par n’importe lequel de ces morceaux

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