Espace

Le mystère du carré de Gaia

Lors du détachement d’un des étages qui a propulsé le satellite vers l’espace, jeudi dernier, une forme géométrique inexpliquée est apparue dans le ciel de Guyane

Les lancements de fusées ont beau être réglés au millimètre près, cela n’empêche pas la survenue d’événements inattendus. C’est ce qui s’est passé jeudi dernier à Kourou (Guyane française) quelques minutes à peine après le décollage de la fusée Soyouz-Fregat qui transportait le précieux satellite astrométrique Gaia. Grâce à ses observations d’une précision inégalée, le satellite devrait d’ici à cinq ans apporter des réponses à de nombreuses interrogations concernant l’histoire et la dynamique de la Voie lactée, et pourtant, c’est en laissant derrière lui un mystère qui semble loin d’être résolu que le satellite a commencé sa mission.

A 6h12 (heure locale), sur le site d’observation de Toucan, situé à 12 kilomètres du pas de tir de Kourou, des dizaines de paires d’yeux étaient rivées sur l’horizon pour voir le lanceur Soyouz s’arracher au sol. Chose exceptionnelle, pour ce sixième lancement d’une fusée russe depuis le port spatial guyanais, le ciel était dégagé et a donc permis une observation du décollage mais aussi des étapes de séparations des différents étages de la fusée.

Le largage des quatre boosters du Soyouz a produit comme attendu une pluie d’étoiles scintillantes. La séparation du premier étage a été bien visible. Mais c’est lors de la séparation du second étage qu’un phénomène étrange s’est produit. Un carré, presque parfait, est apparu dans le ciel de Kourou pendant quelques secondes à peine, provoquant une certaine stupeur parmi la foule d’observateurs, dont certains pourtant habitués à ce type de lancement.

«C’est le quinzième tir d’une fusée Soyouz auquel j’assiste, et c’est la première fois que je vois ça», a avoué Mario de Lépine, porte-parole d’Arianespace. Et il était loin d’être le seul à rester perplexe face à au phénomène qui a animé les conversations d’après-lancement sur la base de Kourou. Les scientifiques présents n’ont pas pu fournir d’explication, pas plus que Valery Kapitanov, un des deux responsables techniques de la mission, qui pourtant a déjà participé au lancement de 400 Soyouz!

Une des hypothèses avancées par des experts en lanceurs, contactés depuis Kourou, repose sur une des particularités techniques de la fusée russe. La séparation du second des quatre étages du Soyouz est en effet une séparation dite «chaude»: elle intervient quelques secondes après l’allumage du troisième étage, alors qu’habituellement, l’étage inférieur se sépare avant que l’étage supérieur ne s’allume. Ceci permet d’augmenter la poussée et pourrait avoir créé cette onde de choc en forme de carré parfait.

Mais pourquoi n’avait-elle alors jamais été repérée avant? «Ce lancement est le premier pour lequel la météo est aussi favorable, souligne Mario de Lépine. Pour les cinq premiers tirs de Soyouz depuis Kourou, le temps était nuageux et nous avions une visibilité médiocre depuis le sol, il s’est donc peut-être produit la même chose mais nous ne l’avons pas vue.» Possible également que le phénomène soit dû à des conditions environnementales spéciales et ne tienne qu’à une conjoncture particulière de lieu, heure, température, etc. Le mystère du «carré de Gaia» reste pour l’instant entier.

Publicité