Le contraste est saisissant: une cascade rouge au milieu d’un glacier immaculé. Ces «cascades de sang», comme on les appelle, sont visibles dans les vallées sèches de McMurdo, sur la côte ouest de l’Antarctique.

Connu depuis 1911, ce phénomène de coloration s’explique par la présence d’oxydes de fer présents dans une poche d’eau de mer enfermée dans les glaces il y a cinq millions d’années. Lentement, le glacier Taylor les régurgite dans le lac Bonney, occasionnant cette couleur troublante lorsque le fer entre en contact avec l’oxygène.

Le phénomène n’en demeure pas moins mystérieux. Les biologistes se demandent en effet si la vie existe dans ces eaux souterraines (des bactéries pourraient participer au processus de coloration du fer). La vallée de McMurdo est en outre considérée comme proche des conditions climatiques sur Mars, où des eaux salées semblables auraient pu se former avant que la planète rouge ne se dessèche. «Les cascades de sang sont un portail vers la vie souterraine de l’Antarctique», a résumé pour le New Scientist Jill Mickucki, de l’Université du Tennessee.

Une étape importante a été franchie par les scientifiques désireux de percer le mystère des cascades de sang. Ils ont en effet pu réaliser une cartographie du réseau aquatique souterrain sous le glacier Taylor et ses environs. Les chercheurs ont survolé une partie de la vallée en hélicoptère, équipés d’un générateur de champ magnétique. L’eau salée et les roches ayant des magnétismes différents, il leur a suffi d’exploiter ces données pour en déduire où elles se situent. Ils ont découvert un réseau de lacs et de canaux naturels bien plus connecté que ce qu’on imaginait jusqu’ici, comme ils le rapportent dans Nature Communications.

La prochaine étape: essayer de remonter le fil de ces milliers de canaux jusqu’à la poche d’eau principale. Et tenter de forer jusqu’à sa surface afin d’en remonter un précieux échantillon. Ce ne sera pas chose facile, une couche de 400 mètres de glace les séparant de ces lacs souterrains.