Vous avez frissonné devant les animaux badass? Attendez de rencontrer les plantes badass! Toxiques, résistantes ou encore puantes, elles nous rappellent que le règne végétal n’est pas en reste question «badasserie». Oh yeah!

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«Cher Le Temps, à quoi reconnaît-on une plante badass?», écrivent souvent nos lecteurs dans leurs nombreux courriers. La réponse est simple: vous ne la reconnaissez pas, c’est elle qui vous tombe dessus. La règle s’est confirmée lors de la recherche documentaire ayant conduit à cet article. Alors que votre serviteur explorait les forêts du web à la recherche des plantes les plus badass, est arrivé dans sa boîte de réception un message à propos… du terrible pin kauri, espèce mi-vampire, mi-zombie qui vient de faire l’objet d’une publication dans la revue iScience.

Tout a commencé lors d’une promenade dans les forêts de l’île du Nord de Nouvelle-Zélande. Deux botanistes, Sebastian Leuzinger et Martin Bader, marchent sur un sentier bordé de pins kauri, Agathis australis, une espèce de conifère déjà relativement badass dont le spécimen le plus célèbre s’appelle Tāne Mahuta («seigneur de la forêt», en maori). Connu comme le plus grand pin kauri du pays, il mesure plus de 50 mètres, et son tronc flirte avec les 14 mètres de circonférence. En outre, ces pins peuvent vivre jusqu’à 2000 ans.

Mais c’est quelque chose au niveau du sol qui attire l’attention des deux scientifiques de l’Université de technologie d’Auckland: une vieille souche morte. Du moins le pensaient-ils. Car, en l’examinant de plus près, les deux hommes constatent que celle-ci dégouline de résine, signe qu’elle est toujours en vie, tel un zombie suintant de miasmes corporels.

Ce n’est pas la première fois que des souches mortes-vivantes sont mises en lumière, rappelle le New York Times dans un article sur le sujet. De rares cas similaires ont été rapportés chez d’autres espèces aux Etats-Unis, notamment dans des forêts du Nevada en 1961, et dans le New Jersey en 1963. Mais aucune explication n’a jusqu’ici satisfait les scientifiques, qui ne savent toujours pas quels mécanismes maintiennent en vie ces zombies végétaux.

Vampire xylémique

La vie des plantes repose sur une merveille biochimique, la photosynthèse. Ce mécanisme transforme l’énergie solaire captée par les feuilles en énergie chimique, c’est-à-dire des sucres, et plus généralement de la matière organique. Sans feuille, comment une souche privée de photosynthèse peut-elle donc vivre en pleine forêt?

Si les arbres sont capables de fusionner pour partager des ressources telles que l’eau, ne faudrait-il pas considérer les forêts comme des «superorganismes»?

Intrigués, les deux hommes ont installé un système de mesure des flux de sève sur la souche et les troncs de pins kauri voisins. Et ont constaté que le jour, lorsque le soleil brille, la souche reste inerte, tandis que la sève circule dans les arbres. Leurs racines absorbent l’eau du sol et l’envoient vers les feuilles où elle s’échappe sous forme de vapeur par un mécanisme de transpiration propre aux végétaux. Mais la nuit venue, c’est un scénario digne de Dracula. La souche se transforme en vampire xylémique et pompe la sève de ses voisins, laquelle remonte dans les vaisseaux, ce qui explique les suintements observés par les deux botanistes.

Ceux-ci ont émis l’hypothèse suivante: les racines de la souche se seraient greffées sur celles des autres pins, possiblement avant la coupe de l’arbre. Ces connexions lui permettraient de vampiriser la sève riche en nutriments absorbés par ses congénères durant la journée. Pour en avoir le cœur net, les deux hommes prévoient de creuser et vérifier si leurs déductions sont exactes.

Mais plus qu’une histoire de zombie-vampire (à moins qu’il ne s’agisse de vampire-zombie?), cette humble souche oubliée pourrait faire changer notre regard sur les arbres. Si ces derniers sont capables de fusionner pour partager des ressources telles que l’eau, ne faudrait-il pas en effet considérer les forêts comme des «superorganismes», autrement dit une entité supérieure composée de nombreux individus? s’interrogent Sebastian Leuzinger et Martin Bader dans leurs conclusions. Des arbres zombies connectés en réseau et formant une entité supérieure? L’humanité est décidément condamnée.