Technologie 

Les nanoparticules globalement sûres, d’après les experts

Une centaine de scientifiques suisses se sont penchés sur les propriétés et les risques des nanomatériaux, présents dans de nombreux produits de consommation. Conclusion: les opportunités liées à ces composés l’emportent sur les menaces

Les nanomatériaux synthétiques, constitués de particules minuscules aux propriétés étonnantes, sont-ils une menace ou une bénédiction? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que ces matériaux sont utilisés dans un nombre croissant de produits, de l’alimentation à la médecine en passant par les cosmétiques et les articles de sport.

Lancé en 2010, le programme national de recherche «Opportunités et risques des nanomatériaux» (PNR 64) a impliqué 111 chercheurs, avec pour mission de mieux évaluer ces nouvelles technologies. Les résultats, présentés le 6 avril lors d’une conférence de presse à Berne, sont globalement encourageants, même si certains éléments inquiétants ont été mis au jour.

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De natures variées, les nanoparticules ont en commun leur très petite taille, qui se mesure en milliardième de mètre. De cette caractéristique découlent diverses propriétés d’intérêt (résistance, capacité d’interagir avec le vivant, etc.) qui sont mises à profit dans de nombreux objets du quotidien. L’effet bactéricide des nanoparticules d’argent est par exemple valorisé dans des textiles désodorisants. Des nanoparticules de silice servent d’anti-agglomérant dans des condiments et soupes en poudre. Les crèmes solaires à haut facteur de protection contiennent souvent du dioxyde de titane nanoscopique comme filtre UV. Un dernier exemple: des nanotubes de carbone, à la fois très légers et très résistants, sont employés dans des cadres de vélos.

Batteries plus sûres

«Le grand public n’en a pas forcément conscience, mais les nanomatériaux sont partout autour de nous», constate Peter Gehr, chercheur à l’Université de Berne et président du comité de direction du PNR 64. Ces matériaux devraient devenir encore plus courants, si on en croit les chercheurs, qui ont exploré toute une série de nouvelles applications prometteuses, notamment dans le domaine biomédical. Des nanoparticules pourraient par exemple véhiculer des traitements anti-asthme jusqu’au plus profond des poumons. «Nous avons montré que des nano-aimants injectés dans le sang ont la capacité de le nettoyer de substances indésirables comme des métaux», indique aussi Beatrice Beck Schimmer, de l’Hôpital universitaire de Zurich. Dans un tout autre domaine, des batteries plus sûres et plus efficaces pourraient être conçues à partir de nanoparticules.

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Mais les nanomatériaux ont un revers: ces composés des milliers de fois plus petits qu’une cellule humaine se répandent dans l’environnement, alors que leurs effets sur les êtres vivants sont encore mal connus. Les nanoparticules d’argent utilisées dans les textiles peuvent ainsi être lessivées lors du lavage. Des nanotubes de carbone sont arrachés de leur support par abrasion, puis diffusés dans l’air. En fin de course, ces substances se retrouvent dans les déchets et les eaux usées.

Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié en 2016 estimait ainsi que des recherches devaient être menées de toute urgence «pour évaluer les risques pour la santé humaine et les écosystèmes liés à la présence de quantités toujours plus importantes de nanomatériaux manufacturés dans les déchets ménagers».

Sur cette question, le PNR 64 apporte de nouveaux éléments plutôt sécurisants. Une équipe a montré que les nanoparticules d’argent – dont la consommation annuelle mondiale est estimée à plusieurs milliers de tonnes – étaient filtrées à 95% par les stations d’épuration. Le reste finit dans des boues d’épuration éliminées par incinération. Des modélisations ont été effectuées pour l’équipe de Bernd Nowack, du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (EMPA) à Saint-Gall pour évaluer le devenir dans l’environnement de six nanoparticules différentes, dont celles d’argent et de dioxyde de titane. Le scientifique estime qu’«au vu des quantités actuellement produites, ces nanoparticules ne présentent pas de problème pour l’environnement».

Effets cancérigènes

D’autres résultats sont cependant moins positifs. «Une des observations les plus étonnantes est que les nanoparticules de silice utilisées comme additifs alimentaires peuvent induire une inflammation des cellules intestinales», relève Christoph Studer, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Ces particules étaient jusqu’à présent considérées comme sûres; d’autres études devront dire si elles présentent réellement un danger pour la santé. Les chercheurs du PNR 64 ont par ailleurs confirmé la redoutable capacité des nanoparticules à pénétrer à l’intérieur des poumons, mais aussi à franchir la barrière placentaire. Des recherches antérieures avaient déjà montré que certains types de nanotubes de carbone provoquent des effets cancérigènes semblables à ceux des fibres d’amiante, lorsqu’ils sont inhalés.

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Les chercheurs du PNR 64 le concèdent: il reste encore des lacunes à combler dans l’évaluation des nanoparticules, notamment en cas d’exposition à long terme. «Les nanomatériaux sont toutefois beaucoup mieux connus qu’il y a dix ans. Les données dont nous disposons désormais permettent de les utiliser de manière à limiter les risques», estime Peter Gehr. Pour les experts, il n’est donc pas nécessaire de réglementer davantage ces produits en Suisse. Actuellement, les entreprises qui souhaitent commercialiser des nanomatériaux doivent faire la preuve de leur innocuité par le biais d’une grille de précaution mise au point par l’OFSP.

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