Des chercheurs romands ont trouvé ce qui déclenche la narcolepsie, une maladie rare provoquant une somnolence le jour et des attaques de paralysie musculaire suite à des émotions. Selon une étude des équipes de Mehdi Tafti, de l’Université de Lausanne, et de Michel Muhlethaler, de l’Université de Genève, publiée par The Journal of Clinical Investigation, le système immunitaire du malade attaque son cerveau, détruisant des neurones essentiels pour la régulation du sommeil.

La narcolepsie est associée au même gène du système immunitaire que la sclérose en plaques. Quelque 20% de la population est porteuse de ce gène sans forcément être malade. Les personnes atteintes de ce mal perdent des neurones produisant un neurotransmetteur de l’éveil, l’hypocretine. La cause de cette disparition restait toutefois inconnue. Dès 2003 pourtant, Mehdi Tafti s’est mis à traiter avec succès des patients avec des immunoglobulines, parade éprouvée contre d’autres maladies auto-immunes du système nerveux.

Protéine rejetée

Mais déceler l’attaque déclencheuse de la maladie n’était pas une mince affaire: celle-ci ne se produit qu’une seule fois, lors de la première crise, détruisant d’un seul coup les neurones à hypocretine. Les chercheurs se sont concentrés sur les gènes exprimés par ces neurones. En particulier l’un d’entre eux, qui permet la production d’une protéine Trib2, récemment impliquée dans une autre maladie auto-immune. L’analyse du sang de 120 patients narcoleptiques européens a révélé que ceux-ci possèdent des anticorps anti-Trib2, avec un taux particulièrement élevé dans les mois suivant les premiers symptômes. D’où l’attaque autodestructrice du système immunitaire. Si une incertitude demeure quant à l’éventuel rôle d’une autre protéine dans le processus, cette découverte pourrait permettre d’éviter la destruction des neurones à hypocretine lorsque la maladie est diagnostiquée assez tôt.