Alors que les Etats-Unis, et le monde entier avec eux, viennent de fêter le quarantième anniversaire des premiers pas de l’homme sur la Lune, l’Agence spatiale américaine (Nasa) ne célébrera pas le cinquantième en y étant retournée. Pas même le soixantième, très probablement. La raison? Le budget actuel de 18,69 milliards de dollars annuels ne peut pas suffire pour réaliser la vision d’exploration spatiale habitée avancée par Georges W. Bush en 2004. Pour y arriver, il faudrait environ 3 milliards de plus par an, une manne qui semble extrêmement difficile à débloquer par les temps qui courent. Telles sont les conclusions, rendues publiques le 8 septembre dans un rapport, d’une commission d’experts réunies à la demande du président Barack Obama.

Un ans après l’explosion de la navette spatiale Columbia, en 2003, Georges W. Bush avait annoncé sa volonté de voir décoler une mission lunaire d’ici 2015, puis d’établir sur l’astre une base permanente d’ici 2020. Avec dans l’idée d’utiliser ensuite la Lune comme marche-pied vers Mars à l’horizon 2035. Le programme Constellation, largement inspiré du programme lunaire Apollo, a été imaginé pour concrétiser cette vision. En résumé, l’idée est de construire deux lanceurs. Le premier, Ares-I, devrait transporter 4 à 6 personnes dans l’espace. Il rencontrerait en orbite la capsule de retour Orion et le module d’alunissage Altair, lancés eux par une fusée Ares-V, beaucoup plus puissante et volumineuse que sa petite soeur.

Or depuis le lancement de ce programme, moult écueils sont apparus, notamment de conception sur le lanceur Ares-I, avec l’apparition de vibrations compromettantes lors des simulations. Par ailleurs, le budget de la Nasa n’a pas crû à la hauteur des espérances affichées en 2004. Toutefois le programme, dans lequel quelque 8 milliards de dollars ont déjà été investis, continue d’avancer: Le moteur d’Ares-I et été testé (image) et le lanceur devrait effectuer son premier vol d’essai le 31 octobre depuis le Kennedy Space Center, tandis que le module Orion vient de passer les examens préliminaires concernant son design.

Le groupe d’experts, baptisé Human Space Flight Plans Comittee, et conduit par Norman Augustine, ancien directeur de la firme Lockheed Martin, conclut néanmoins qu’en l’état, avec l’argent disponible, le programme tel qu’initialement conçu n’est absolument pas réaliste. Au mieux, le lanceur Ares-I pourrait être prêt en 2017 ou 2018, et non 2015. Il ne pourrait donc pas servir à acheminer des astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS), dont les Américains ont prévu de se désengager en 2016 afin d’utiliser l’argent dédié pour développer le vaisseau Ares-V. Lequel ne pourrait d’ailleurs pas être réalisé avec une dizaine d’années, ce qui repousserait au meilleur des cas à 2030 le retour d’astronautes américains sur la Lune. Sans même, à ce stade, parler de Mars... « Notre point de vue est qu’il sera difficile, avec le budget actuel, de faire quelque chose de vraiment inspiré dans le domaine de l’exploration spatiale habitée », disait déjà à fin août Norman Augustine dans le New York Times, en commentant les premières réflexions du groupe d’experts.

Cette commission n’a pas fait que cerner le problème. Elle apporte aussi cinq pistes possibles, que choisira ou non de suivre l’administration du président Obama, suivant que la priorité sera la Lune, Mars, ou une voie d’exploration intermédiaire:

1.Programme habitue l: La Nasa poursuit la construction des Ares-I et Ares-V, et des modules Orion et Altair. Mais elle ne dispose ensuite plus des fonds pour installer une base sur la lune. Parallèlement, la participation américaine à l’ISS cesse dès 2015.

2.ISS+Lune: Décision est prise d’étendre la durée de vie de l’ISS à 2020, et d’y amener les astronautes à l’aide de lanceurs commerciaux au lieu d’utiliser Ares-I. La Nasa pourrait alors construire une version plus réduite de Ares-V. Mais aurait alors les poches vide pour sa base lunaire.

La commission propose aussi trois options additionnelles, qui ne seraient toutefois réalisables qu’avec une rallonge de 3 milliards de dollars par an au budget:

3.Priorité Lune/Base: Fin du support financier à l’ISS en 2015. Poursuite du programme Constellation. Missions humaines vers la lune entre le milieu et la fin de la décennie 2020-2030.

4.Priorité Lune/Variantes: Prolongation du support à l’ISS jusqu’en 2020. Accès à l’aide de lanceurs spatiaux commerciaux. Construction d’une version légère d’Ares-V ou d’un véhicule dérivé de la navette spatiale pour atteindre la Lune.

5.Voie flexible: Missions uniquement en orbite autour de la Lune et Mars, voire visite d’un ou plusieurs astéroïdes. Utilisation soit d’une version légère d’Ares-V, soit d’un véhicule spatial inspiré de le navette, soit d’une version modifiée des lanceurs commerciaux existants (Atlas V ou Delta IV). Extension du support à l’ISS jusqu’en 2020.

En sus de ces propositions, la commission aussi fait plusieurs recommandations à l’administration américaine. Notamment de développer les projet de collaboration internationale, et de faire davantage appel à des sociétés privées actives dans le spatial. L’une d’elle, SpaceX, presse au portillon: elle a développé un lanceur de satellite commercial, la fusée Falcon. Et son patron, Elon Musk, fondateur du service de paiement en ligne PayPal a indiqué au New York Times qu’il pourrait livrer des engins capables d’acheminer des astronautes dans l’espace trois ans après la signature d’un contrat... Et, quoi qu’il en soit, les experts encouragent surtout la Nasa a prolonger la durée de vie de l’ISS jusqu’à 2020, pour rentabiliser les investissements de 100 milliards de dollars qu’elle aura coûté.

Le rapport final et détaillé doit être rendu dans quelques jours. Mais la balle est déjà dans le jardin de la Maison Blanche, qui devrait plaider prochainement pour la voie à suivre. Ensuite, c’est le Congrès qui tranchera en décidant du futur budget de la Nasa.