Le deuxième essai fut le bon. La navette spatiale Endeavour a spectaculairement décollé ce matin à 4h14 (10h14 GMT) du Kennedy Space Center, à Cape Canaveral, en Floride pour ce qui devait être le dernier tir de nuit de l’oiseau métallique blanc. Durant quelques dizaines de secondes, le ciel est devenu aussi clair qu’en pleine journée, avant que la navette plonge dans une mince couche nuageuse. Dimanche matin, celle-ci était beaucoup plus dense et basse, ce qui avait causé le report du lancement de 24heures, la nébulosité empêchant l’éventuel retour de la navette en cas de pépin. «Il s’est agi du décompte final le plus calme depuis très longtemps», s’est félicité Mike Leinnbach, directeur des lancements de navettes.

Pour son collègue Mike Moses, responsable de l’intégration des navettes, un petit souci est toutefois apparu: «Un morceau de mousse isolante gros comme une chaussure s’est détaché du réservoir de carburant extérieur». C’est un même débris qui avait causé la perte de la navette Columbia en 2003, en causant un trou dans l’une de ses ailes. «Mais cette fois, grâce aux caméras installées à bord, nous avons clairement vu que l’objet en question n’avait pas atteint la navette. Il n’y a donc aucun danger», a rassuré Mike Moses.

Endeavour emporte vers la Station spatiale internationale les deux derniers éléments nécessaires à sa construction, fournis par l’Agence spatiale européenne (ESA). D’une part le module Tranquility, qui deviendra ces prochains jours le centre névralgique du recyclage à bord de l’ISS. Ses appareils auront pour tâche de traiter les eaux usées (urines notamment) afin de produire de l’eau potable. Eau avec laquelle un autre instrument produira l’oxygène nécessaire à la respiration de l’équipage.

Quant au CO2 qu’expireront les six astronautes, il sera extrait de l’air de la cabine par un troisième système. Détail, mais non des moindres: les astronautes, dans Tranquility, obtienne des toilettes supplémentaires.Pas de trop puisqu’il vivent à six dans l’ISS depuis l’an dernier. Au final, ce module, aussi appelé Node-3, construit par Thales Alenia Space pour le compte de l’ESA, sera l’élément à la technicité la plus complexe jamais lancé dans l’espace. Il doit être installé sur l’ISS lors du cinquième de cette mission de 11 jours, soit en principe ce vendredi.

L’autre module convoyé dans la soute d’Endeavour est la Coupole. Cet élément comporte sept fenêtres, dont une très large de 80 cm de diamètre. Il permettra aux astronautes de disposer d’une vue imprenable sur la Terre, un aspect important pour leur état psychologique – ils devaient jusque-là se contenter de quelques petits hublots pour jeter un œil à leur planète bleue. Mais cette tourelle de contrôle servira aussi pour surveiller les expériences et manipulations robotisées se déroulant à l’extérieur de la station spatiale. A terme, les agences spatiales américaine et européenne éudient la possibilité d’y installer des instruments d’observation de la Terre et des changements climatiques. La Coupole, elle, devrait être greffée définitivement sur l’ISS lundi prochain lors d’une sortie extravéhiculaire.

«Avec ces deux éléments fournis par l’Europe, la construction de la Station spatiale internationale va être presque complète, s’est réjouit le directeur général de l’ESA, Jean-Jacques Dordain, peu après le lancement. Maintenant, nous allons pouvoir nous concentrer sur une utilisation optimale de cette plate-forme scientifique.»

Endeavour est le premier des cinq derniers vols de navettes spatiales; le dernier doit avoir lieu cet automne, après quoi ces vaisseaux, dont le premier (Columbia) a volé le 12 avril 1981, seront envoyés à la casse ou dans des musées. Ce qui laissera les Etats-Unis sans moyen d’accès propre à l’espace pour leurs astronautes, contraints à voler sur les vaisseaux russes Soyouz. Ce d’autant plus que le président Barack Obama vient, la semaine dernière, d’abandonner le programme Constellation, dont l’objectif était de développer un nouveau lanceur lourd pour retourner dès 2015 au-delà des orbites basses (où se trouve l’ISS).

Pour l’heure, la feuille de route spatiale américaine n’est pas encore claire, le nouvel administrateur de la Nasa Charlie Bolden devant maintenant défendre devant le Congrès les nouvelles options choisies par son président, les deux plus importantes étant la prolongation de l’ISS jusqu’en 2020 au moins, ainsi que l’implication du secteur privé à qui il a été demandé de développer au plus vite des lanceurs commerciaux pour atteindre les orbites basses.