piqueurs de l’été

Ne m’écrasez pas, par pitié, je ne suis qu’un moustique mâle!

Méduses, moustiques, taons, guêpes: ils sont nombreux à nous faire frémir malgré leur petite taille. L’été est leur saison de prédilection. Chaque semaine, un de ces animaux venimeux viendra livrer ses confidences dans les colonnes de la page Sciences  &  Environnement

Les piqueurs de l’été

La douce complainte du moustique mâle

Je n’ai pas envie de finir écrasé par une grosse main contre un mur, une cuisse appétissante ou un bras moelleux. C’est pourtant bien ce qui risque d’arriver. Je ne suis qu’un petit moustique, de la famille des Culicidae, qui n’aime même pas le sang. Un moustique commun. Un maringouin, comme disent les Canadiens et les Haïtiens.

Je clame mon innocence! Je n’ai pas de rayures sur mes pattes, comme mon cousin le moustique-tigre, qui a l’audace de débarquer en Suisse, avec, pour l’instant, une prédilection pour le Tessin et l’Argovie. Lui peut vous injecter cette saloperie de dengue, capable de vous mettre chaos pendant plusieurs semaines, moi pas. Je suis un petit moustique suisse qui n’a, promis juré, jamais pris l’avion.

Pas de chikungunya à l’horizon me concernant, ni de malaria, d’encéphalites, de fièvre jaune, de fièvre de la vallée du Rift ou du Nil occidental. Je n’ai pas pour habitude de critiquer les étrangers, mais osons dire les choses: ce sont mes cousins africains, asiatiques et sud-américains qu’il faut redouter. Je ne suis pas misogyne non plus. Mais bon: ce ne sont que les femelles qui piquent, mettez-vous cela bien en tête! Elles ont besoin, ces mères Courage, de se nourrir de votre sang pour la production de leurs œufs, disent-elles. Moi je n’ai pas besoin de votre épiderme. Je préfère m’amuser du côté des pneus – ceux des voitures, donc – pleins d’eau, idéaux pour se reproduire. D’ailleurs, j’ai démarré les premières étapes de ma vie dans l’eau. Comme œuf, larve, puis comme nymphe. A l’âge adulte, la taille de mes potes et moi varie de quelques millimètres, mais dépasse rarement les 10 mm, à l’exception de mes frères de la tribu des Toxorhynchitini.

Quoi, je vous embrouille? Oui, je sais, il existe 3534 espèces de moustiques réparties en 111 genres, et vous n’arrivez pas à me reconnaître quand je vole près de vous. Alors, identifier notre sexe… Mais j’insiste: ce sont les femelles qui possèdent de longues pièces buccales en forme de trompe rigide de type piqueur-suceur. Si, si! C’est cette trompe, appelée rostre ou proboscis, qui inflige la piqûre que vous redoutez tant. En fait, elles vous injectent leur salive anesthésiante et anticoagulante – parfois infectée –, ce qui provoque une allergie inflammatoire et donc ces fameux boutons qui démangent. Quarante-huit heures après avoir goûté votre sang, les moustiques fécondées déposent leurs œufs à la surface d’eaux ou dans des zones humides. Nos nanas, elles sont plutôt fortiches: elles peuvent piquer jusqu’à deux fois par semaine en été et, durant leur vie, pondre de 500 à 2000 œufs (20 à 200 par ponte, selon la quantité de sang disponible).

Moi, petit mâle innocent, je préfère me nourrir de nectar de fleurs. Figurez-vous que je participe ainsi à la pollinisation des plantes. Je me déplace peu de mon lieu de naissance et vis moins longtemps que les femelles, qui, elles, peuvent migrer jusqu’à 100 kilomètres. Comme quoi, elles n’ont pas toutes les tares. Et autant détruire un mythe tout de suite pendant qu’on y est: c’est faux de dire qu’elles aiment le sang sucré et qu’il faut éteindre la lumière pour moins se faire piquer. Par contre oui, elles sont sensibles à certaines odeurs qui émanent de votre peau. Comme celle de la bière ou du fromage.

Ah, dernière chose: ce bourdonnement que vous trouvez si agaçant, ça aussi c’est de la faute aux femelles. Cela vient des battements très rapides de leurs ailes – 400 à 2300 par seconde. Mais attention: elles le font comme parade nuptiale, dans l’unique but d’attirer des petits mâles innocents comme moi. Et moi, j’aime plutôt ça.

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