Avec «Tête chercheuse», Le Temps donne la parole aux scientifiques de Suisse romande, pour comprendre ce qui les occupe, les inspire, les fascine et les mobilise dans leurs recherches.

Retrouvez les précédentes têtes chercheuses dans notre dossier.

Quand j’étais enfant…

Un de mes dessins animés préférés était Il était une fois… la vie. J’aimais tous les épisodes, mais particulièrement celui sur les os et le squelette humain. Déjà toute petite, la biologie humaine me fascinait. Plus tard à l’école, je l’ai choisie comme matière principale et ma passion a continué à grandir, même si je ne savais pas à l’époque quelle forme elle allait prendre. Puis j’ai étudié la biologie à Munich, avec la génétique humaine et l’anthropologie physique comme disciplines principales, ainsi que la biologie cellulaire et la génétique générale comme sujets secondaires. Lors d’un stage en archéologie physique, j’ai appris à travailler sur le squelette humain: estimation du sexe, de l’âge, de la taille, analyse des pathologies… J’y ai découvert comment les restes humains anciens et l’histoire peuvent nous aider à comprendre le présent, ainsi que l’évolution des maladies et comment nous nous y adaptons aujourd’hui encore.

Finalement, je suis devenue…

Responsable opérationnelle de l’anthropologie forensique au Centre universitaire romand de médecine légale Lausanne-Genève (CURML). Voilà un domaine où je peux finalement combiner tout ce que j’ai appris et l’utiliser dans une approche interdisciplinaire.

Concrètement, cela consiste en quoi?

Nous identifions des restes osseux humains. La partie la plus importante de notre travail consiste à analyser des cas pour la police, les procureurs et les tribunaux. Qui était cette personne? Comment est-elle morte? Avec nos recherches, nous tentons d’apporter des éléments de réponse à ces questions. La deuxième composante majeure de notre travail est la recherche scientifique, pour faire évoluer la discipline. Enfin, nous participons à des fouilles, si nécessaire, en collaboration avec des archéologues, comme en 2017 quand je suis allée travailler dans la nécropole datant de l’âge du fer à Francavilla, en Italie. Le savoir archéologique nous aide aussi à nous coordonner sur certains cas d’exhumations forensiques si besoin, c’est-à-dire le fait d’exhumer un corps à des fins d’enquête dans le cadre médico-légal. Un peu comme dans la série télévisée américaine Bones, dont on me parle parfois, mais que je ne regarde pas.

Mon travail est d’actualité parce que…

L’anthropologie forensique continue à progresser grâce à des recherches innovantes. Notre travail peut grandement contribuer aux investigations menées par les tribunaux internationaux, ou par des ONG qui recherchent des personnes disparues lors de guerres ou de migrations, par exemple.

Mes meilleurs souvenirs de chercheuse…

J’adore tout ce que nous faisons! Je suis si heureuse de la parution de notre livre Crimes in the Past: Archaeological and Anthropological Evidence, que j’ai édité avec mes collègues.

Et les pires?

Bien sûr, les cas de personnes disparues depuis plusieurs années sont particulièrement bouleversants. Mais lorsque les restes humains sont découverts et identifiés, nous pouvons apporter des réponses aux familles des disparus. D’un côté, c’est une triste nouvelle pour les familles, de l’autre, cela leur permet de faire leur deuil et de regarder de nouveau vers le futur.

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