Innovation

NeighborHub: la maison solaire suisse prête pour la conquête de l’Ouest

Après dix-huit mois de chantier, l’habitation durable s’apprête à participer à la compétition universitaire internationale Solar Decathlon aux Etats-Unis

«Cette fois, ça y est! Le NeighborHub est prêt à s’envoler pour de nouveaux horizons», a lancé fièrement le conseiller d’Etat Olivier Curty, vendredi, sur le site de BlueFactory à Fribourg. Après dix-huit mois de chantier, la maison solaire conçue par des étudiants de quatre écoles (EPFL, HEIA-FR, HEAD, Unifr) représentera la Suisse lors de la compétition universitaire internationale Solar Decathlon 2017. Elle traversera l’Atlantique en bateau pour rejoindre Denver aux Etats-Unis, où elle concourra contre 12 autres projets, en octobre. Pour répondre aux exigences de cette performance, les étudiants devaient concevoir et construire de A à Z une habitation uniquement alimentée par l’énergie solaire.

«Nous avons choisi de créer une maison de quartier, et non pas une habitation individuelle, pour avoir un meilleur rayonnement sur la population environnante», explique Florian Meyer, diplômé de la HEIA-FR. Sept thématiques ont été choisies par les étudiants: l’utilisation des énergies renouvelables, la mobilité, la gestion des eaux et des déchets, la nourriture, la biodiversité et le choix des matériaux. L’intérieur du NeighborHub est composé d’une zone tempérée (semi-extérieure), au centre de laquelle se trouve un espace chauffé avec cuisine, salle de bains, toilettes sèches séparées, espace de vie et chambre à coucher.

De l’énergie récoltée uniquement en façade

Toutes les surfaces disponibles au niveau de l’enveloppe du bâtiment participent activement ou passivement à la production d’énergie. «Nous avons fait le pari de poser les panneaux photovoltaïques non pas sur le toit comme on le voit habituellement, mais sur les façades, souvent inutilisées», souligne Florian Meyer. Au total: 29 panneaux photovoltaïques produisent de l’électricité et trois panneaux solaires thermiques sont utilisés pour l’eau chaude.

L’espace semi-extérieur fait le tour du bâtiment. Il n’est ni isolé, ni chauffé si bien que les températures varient selon la saison. Les ouvertures, conçues comme des portes de garage, peuvent être fermées en hiver et ouvertes en été. Ce lieu multifonctionnel est aménagé pour des activités de bricolage, jardinage, des repas de quartier ou des conférences. Le mobilier en carton alvéolé est modulable. Il peut être démonté et rangé.

La phythoépuration: un traitement de l’eau autarcique

Les eaux grises, celles provenant de la douche, des éviers, de la machine à laver, ne sont pas envoyées dans les stations d’épuration. L’eau chargée en savon arrive à l’extérieur dans un premier bac, appelé le dépotoir, afin d’éliminer les gros morceaux, puis poursuit sa course dans un séparateur de graisse. L’eau est ensuite envoyée dans un bassin de phytoépuration composé d’un lit de graviers et de roseaux. C’est au niveau des racines des plantes que certaines bactéries permettent sa purification.

A la sortie, elle est suffisamment propre pour être réinfiltrée dans la nature. Sous la toiture, une zone centrale permet de récupérer l’eau de pluie, utilisée ensuite par le lave-linge ou pour arroser les plantes. Le toit est par ailleurs végétalisé pour favoriser la biodiversité, la rétention d’eau et éviter les points chauds.

Plantes et poissons comestibles

Des plantes comestibles ont par ailleurs été installées en hydroponie. Après avoir enlevé la terre des racines, les plants de tomates, de cornichons ou de fraises, sont posés dans des petits paniers troués, remplis de billes d’argile, encastrés ensuite dans les rigoles superposées alimentées en eau. Cette dernière n’est ainsi pas gaspillée dans la terre, comme dans une plantation classique. Au sol, des hublots laissent apparaître des poissons comestibles.

Grâce à un système de courant, les déjections des animaux nourrissent les plantes. L’ammoniaque qu’ils rejettent est changée en ammonium grâce aux petites billes d’argile présentes autour des plantes. Il n’y a donc pas besoin de mettre de l’engrais ou des pesticides. Ainsi, en serre, les plantes ne subissent pas le froid en hiver. Cet aménagement n’a par contre pas été conçu pour les plantes à racines comme les pommes de terre ou les carottes.

Les excréments transformés par les vers

Les toilettes sèches servent à optimiser l’eau et à revaloriser les déchets. Possédant encore de la matière nutritive, les excréments sont retransformés par des vers de terre installés dans les toilettes. Les 30 cm de litière de chanvre permettent d’aspirer l’humidité et les odeurs. Une manivelle, utilisée après chaque utilisation, permet de redistribuer la matière. L’urine est séparée à l’intérieur de la cuvette pour être évacuée à l’extérieur dans un autre compost.

Le budget du projet Swiss Living Challenge était de 4,2 millions de francs*. Trois quarts des frais ont été couverts par des partenaires privés. L’objectif du NeighborHub est de devenir à terme un lieu écoresponsable et fédérateur. Pour aider les habitants à développer des gestes durables au quotidien, les étudiants ont imaginé tout un scénario d’activités à faire autour de la maison: ateliers de vélonomie (pour mieux comprendre le fonctionnement de son vélo), réparation d’outils électroniques, cours sur l’agriculture urbaine, conférences sur les énergies renouvelables. Une fois le concours terminé, la maison devrait probablement reprendre ses quartiers à BlueFactory.


Le NeighborHub ouvre ses portes au grand public le samedi 10 juin de 10h à 17h.

*Cet article a été modifié le 13 juin 2017. Dans une première version il était mentionné que la maison coûtait 4,2 millions de francs alors qu'il s'agissait du projet dans son ensemble.

Publicité