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Non, le jeûne ne guérit pas le cancer

Directrice de recherche en nutrition et cancer, Paule Latino-Martel rappelle dans «The Conversation» qu’il n’existe pas de preuve scientifique des bénéfices du jeûne vis-à-vis du cancer

Le jeûne est-il vraiment efficace pour combattre un cancer? Et qu’en dit la science, au juste? Dans un article paru sur le site The Conversation, la directrice de recherche en nutrition et cancer à l’INRA, Paule Latino-Martel, revient sur les résultats scientifiques récents à ce sujet.

Elle est, avec ses collègues, l’auteure d’un travail d’expertise collective qui a consisté, pour la première fois, à passer en revue l’ensemble des études publiées sur les liens entre jeûne et cancer, et ce depuis la fin des années 1940. Publié en 2017, le rapport constitue donc une excellente source d’informations fiables. Sa conclusion: il n’existe aucune preuve d’un quelconque bénéfice du jeûne pour combattre le cancer.

Données éparses

La majorité des données scientifiques proviennent d’environ 200 études chez les rongeurs (souris ou rats). Ces études fournissent des résultats hétérogènes: aussi bien des effets favorables qu’une absence d’effet ou encore des effets délétères. Elles présentent des limites importantes dans leur méthodologie, qui ne permettent pas d’extrapoler directement les résultats à l’homme.

Quant aux travaux menés sur l’être humain, ils ont abouti à des données peu nombreuses et de faible qualité, écrit la chercheuse:

  • le plus souvent, les essais cliniques incluent moins de 20 patients;

  • ils ne sont pas «contrôlés»: si l’étude ne comporte pas de groupe «contrôle», c’est-à-dire sans intervention, on n’est pas en mesure de différencier ce qui relève d’une évolution naturelle ou de l’intervention;

  • ils ne sont pas «randomisés»: en l’absence de tirage au sort des patients pour les répartir de manière aléatoire dans le groupe avec intervention et le groupe «contrôle», il n’existe pas de comparabilité entre les groupes.

Le jeûne, un effet contre-productif

«Ainsi, les allégations sur les effets préventifs ou curatifs du jeûne vis-à-vis du cancer ne correspondent pas à l’état actuel des connaissances scientifiques», persiste Paule Latino-Martel pour qui l’image du jeûne, qui «affamerait la tumeur» pour la détruire, a contribué au succès de la méthode auprès de patients atteints d’un cancer.

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Et la scientifique d’ajouter que la pratique aurait même un effet contre-productif: elle peut en effet aggraver la dénutrition, avec une perte de poids, «ainsi que de la sarcopénie, c’est-à-dire une diminution de la masse et de la fonction musculaire», deux facteurs «reconnus comme péjoratifs».

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