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Médecine

«Dans nos sociétés, le langage est fondamental dans le quotidien»

L’aphasie est une pathologie qui touche près de 5000 personnes par an, les deux tiers des personnes atteintes le sont à la suite d’un accident cardio-vasculaire. Les neurologues diagnostiquent et les logopédistes prennent en charge la thérapie. Ces derniers ont inscrit l’aphasie comme thème de leur journée européenne de sensibilisation à leur travail qui se déroule ce mercredi 6 mars. Entretien avec Jean-Marie Annoni, professeur en neurologie à l’Université de Fribourg et président de l’association aphasie suisse

Le Temps: Malgré le fait que près de 5000 cas d’aphasie sont diagnostiqués en Suisse chaque année, cette pathologie reste méconnue du public. Quel mal se cache derrière ce terme?

Jean-Marie Annoni: L’aphasie implique une perte partielle ou totale du langage due à une lésion cérébrale. Dans certains cas, d’autres capacités cognitives, comme par exemple la mémoire, sont aussi affectées. En général, les personnes aphasiques ont de la peine à comprendre les mots mais aussi à communiquer. Or, dans nos sociétés, le langage est fondamental dans le quotidien.

– Peut-on récupérer une partie du langage au bout d’une réhabilitation thérapeutique?

– Oui, mais il s’agit d’un réapprentissage. Le cerveau doit se réorganiser. Après une thérapie menée par un logopédiste, environ un tiers des personnes récupère totalement, un second tiers partiellement, tandis que le dernier tiers voit ses capacités atteintes. La thérapie est fondamentale pour plus de la moitié des situations, et doit être commencée rapidement et intensément. Le logopédiste joue dans ce cadre un rôle capital d’évaluation et de traitment de l’aphasie. Il permet au patient d’acquérir des stratégies de communication. Mais ce travail est long et dense.

– Quelles sont les difficultés quotidiennes pour des personnes touchées d’aphasie?

– Les difficultés sont présentes dans toutes les formes de discussions et surtout dès qu’une personne aphasique tente de communiquer en compagnie de deux ou trois autres personnes en même temps. Au cours de la conversation, il se forme un «brouillard verbal» qui empêche la communication. La fatigue verbale arrive généralement au bout de quelques minutes. Il s’ensuit une aggravation des difficultés chez la personne aphasique qui n’arrive pas à faire comprendre les nuances de ce qu’il veut dire, et parfois à de la peine également à comprendre les autres. La communication non verbale reste par contre souvent épargnée.

– L’entourage de personnes aphasiques est-il impliqué dans la thérapie?

– L’aphasie est la souffrance d’une personne mais aussi de ses proches et de sa famille. Quand cela est possible, la participation des proches dans la phase thérapeutique prolonge et épaule le travail du logopédiste. Les associations, telles qu’aphasie suisse ont aussi un rôle précieux à jouer. Il existe de nombreux groupes d’entraide et de chorales formées de personnes aphasiques à travers la Suisse. – En janvier dernier, l’EPFL a reçu un financement européen d’un milliard d’euros pour lancer le Human Brain Project visant à modéliser les neurones du cerveau humain et leur fonctionnement. Ce type de recherche fondamentale ouvre-t-elle des perspectives pour traiter les personnes aphasiques? – Le Human Brain Project est intéressant pour l’ensemble des neurosciences cognitives. Dans le cas de l’aphasie, il devrait permettre de mieux comprendre comment le cerveau se réorganise et comment agir lors de cette phase. Cette modélisation à l’aide de réseaux informatiques est une tentative unique d’intégrer et modéliser les recherches sur l’organisation cérébrale, l’organisation cellulaire et moléculaires du cerveau, un domaine qui, jusqu’à maintenant, avaient progressé de manière plus «sélective». C’est un pari du professeur Henry Makram et de l’EPFL qui prendra une dizaine d’années avant d’aboutir.

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