«Ça a changé ma vie! Plus besoin de lunettes pour lire ou regarder les parapentes dans le ciel.» Les trois patients présents jeudi à la Clinique Montchoisi, à Lausanne, étaient unanimes: l’implant intra-oculaire InFo, développé par la start-up neuchâteloise Swiss Advanced Vision (SAV) (lire LT 18.8.2009) et dont ils ont bénéficié pour le traitement de leur cataracte, leur permet aujour­d’hui de vivre sans lunettes. Cet implant a été présenté comme une première mondiale lors d’une conférence de presse à la clinique lausannoise où s’est déroulée l’étude préalable à l’autorisation de mise sur le marché européen.

La cataracte, tout le monde en a entendu parler, et pour cause: cette maladie touche une personne sur cinq après 65 ans. Environ 50 000 Suisses se font opérer chaque année afin de remédier à cette opacification du cristallin qui, sans intervention, mène à la cécité. L’opération consiste à pulvériser le cristallin avant de l’aspirer, et de le remplacer par un implant intra-oculaire en matériau biocompatible.

Réserves d’un expert

Contrairement au cristallin, les implants ne peuvent pas faire la mise au point, «accommoder» comme disent les spécialistes. Avec les implants utilisés actuellement dans 99% des opérations, il faut donc choisir entre vision de loin ou de près: ces implants dits monofocaux ne peuvent fournir une image nette que pour une seule distance focale. La plupart du temps, les patients privilégient la vision lointaine et il leur faut par la suite porter des lunettes pour corriger la presbytie résiduelle. Pour remédier à cela, des implants multifocaux ont été développés. S’ils offrent une vision nette de près comme de loin, la vision intermédiaire (60 cm à 1 m) reste perturbée et peut nécessiter le port de verres correcteurs. Par ailleurs, ces lentilles peuvent induire un mauvais traitement de l’image par le cerveau et créer des halos nocturnes, éblouissements ou images parasites.

L’implant polyfocal de dernière génération développé par SAV est censé remédier simultanément à tous ces problèmes. Cette lentille à profondeur de focalisation étendue promet une vision nette quelle que soit la distance, et cela sans artefact visuel. Robert Apter, directeur de SAV et créateur de cet implant, parle même de «rendre aux patients les yeux de leur jeunesse».

De son côté, François Majo, spécialiste de la chirurgie réfractive et de la cataracte à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin de Lausanne, émet des réserves sur cet implant dont il connaît les propriétés: «Il est certes très prometteur et pourrait apporter un grand confort aux patients.» La spécificité technique de la lentille InFo implique que la lumière entrant dans l’œil diffuse ensuite le long d’une sorte de tunnel. Cela pourrait toutefois, selon l’expert, «conduire à une diminution des contrastes et de la qualité de la vision».

Interrogé à ce sujet, le professeur André Mermoud, qui a réalisé les 121 opérations de l’étude clinique, admet une baisse effective de ces deux paramètres mais «sans gêne pour les patients». L’un d’entre eux rapporte toutefois avoir besoin de plus de lumière pour lire, tandis qu’un autre signale la persistance de halos. A ce sujet, les promoteurs du projet avouaient ne pas avoir eu le temps de faire une étude comparative avec les autres implants multifocaux de dernière génération déjà présents sur le marché.

Trois fois plus chers

Les résultats présentés sont donc prometteurs. Mais des études complémentaires, réalisées dans un centre spécialisé dans le traitement de la cataracte et sur un plus grand nombre de patients – 80 seulement ont été opérés à Lausanne pour un seul ou deux yeux –, sont nécessaires pour démontrer si cette prothèse oculaire révolutionne réellement le domaine. D’autant que les implants multifocaux ne sont pas pris en charge par l’assurance maladie de base, et restent en moyenne trois fois plus chers que les prothèses monofocales.