Médecine

Obèses en bonne santé, la fin du mythe

La notion selon laquelle des personnes obèses pourraient cependant être en bonne santé vient d’être mise à mal lors d’un congrès médical à Porto. Même si les indicateurs sont au vert à un instant t, le risque de maladie grave demeure bien présent sur le long terme

L’obésité est-elle compatible avec la bonne santé? La question est controversée. Les études cliniques se suivent et apportent des éléments contradictoires. Des travaux présentés à Porto le 19 mai lors du 24e Congrès européen sur l’obésité laissent entendre que le concept de l’obèse qui se porte comme un charme serait trompeur, surtout sur le long terme.

Programmes de santé publique, messages de sensibilisation, promotion de l’activité physique… A l’heure où l’obésité est désormais considérée comme un problème de santé publique majeur, à tel point que l’Organisation mondiale de la santé la désigne comme une «épidémie», le concept d’obèse en bonne santé a de quoi étonner. Il désigne des personnes en surpoids important, sans association avec les troubles métaboliques habituellement constatés (diabète, hypertension…). Les Anglo-Saxons parlent de personnes «fat but fit», qui représenteraient «de 15 à 25% des patients obèses», estime François Pralong, chef du service d’endocrinologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

L’idée que l’on peut être obèse et en parfaite santé est un mythe

De la même manière que certaines populations résistent à des virus, existerait-il des personnes obèses «immunisées» contre les maladies liées à leur surpoids? Certaines études cliniques le suggèrent. En 2013, des scientifiques de l’Université de Helsinki ont ainsi conclu dans une méta-analyse de 97 publications que l’obésité modérée ne serait pas néfaste pour la santé, et qu’elle procurerait même dans certains cas un effet protecteur. Mais les mécanismes expliquant ces observations demeurent obscurs.


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Deux fois plus de risque d’insuffisance cardiaque

Evidemment, ce genre de résultats est loin de mettre tout le monde d’accord. Pour preuve l’étude présentée à Porto va dans une toute autre direction. Pour l’instant en attente de publication, elle a été validée par le comité scientifique du congrès. Rishi Caleyachetty et son équipe de l’Université de Birmingham ont examiné plus de 3,5 millions de dossiers médicaux électroniques britanniques courant sur une période de 1995 à 2015. Pour identifier ceux correspondant aux personnes obèses et en bonne santé, ils ont classé chacun selon l’indice de masse corporelle (IMC), chiffre qui estime la corpulence d’une personne, et selon la présence ou non de diabète, d’hypercholestérolémie ou d’hypertension artérielle, trois troubles du métabolisme habituellement associés à l’obésité. Toute personne avec un IMC supérieur à 30 et ne souffrant d’aucune de ces trois maladies était considérée comme obèse en bonne santé.

Puis les médecins ont examiné plus en détail la santé cardiovasculaire de ces personnes, en particulier si elles souffraient de maladies coronariennes, vasculaires ou cérébrovasculaires (dont les accidents vasculaires cérébraux ou AVC font partie), ou encore d’insuffisance cardiaque. Résultat, les obèses en bonne santé présentaient un risque de maladie coronarienne 49% plus élevé, +7% pour les AVC, et +96% pour l’insuffisance cardiaque, comparé aux personnes de poids normal et en bonne santé.

«L’idée que l’on peut être obèse et en parfaite santé est un mythe, a déclaré Rishi Caleyachetty dans un communiqué de l’université de Birmingham. La priorité des professionnels de santé doit toujours être de faire perdre du poids à ces personnes, comme avec n’importe quel autre patient obèse.»

Onze cancers en embuscade

Il ne fait aucun doute que ces travaux vont à nouveau alimenter les débats. Faut-il en finir avec le «fat but fit»? Toujours est-il que le concept est trompeur, car il correspond à un état de santé de la personne obèse, pris à un instant t, rappelle François Pralong: «On peut être obèse et en bonne santé, mais cela ne veut pas dire pour autant que l’on va le rester toute sa vie: on peut très bien développer toutes sortes de problèmes plus tard, ce que montre justement cette étude.» D’autres travaux récents ont justement mis en évidence que l’obésité favorisait l’émergence de 11 cancers, dont celui de la prostate et du foie.

L’autre problème tient à ce que l’on inclut ou pas dans la «bonne santé». Diabète, hypertension artérielle, hyperlipidémie ont été retenus dans cette étude, mais certains scientifiques peuvent très bien incorporer d’autres critères, comme l’absence de troubles hépatiques ou de phénomènes inflammatoires, ou au contraire en enlever d’autres. Autrement dit la bonne santé est un concept à géométrie variable qu’il conviendrait de standardiser.

Enfin, comme le note le quotidien The Guardian, utiliser l’IMC comme seul indice pour déterminer l’obésité peut conduire à des erreurs. Les sportifs avec une masse musculaire importante se retrouvent aisément avec un IMC élevé, alors qu’ils sont en excellente santé. Mais avec un échantillon de 3,5 millions de personnes, il y a peu de chances que les chiffres avancés par les auteurs aient été faussés par la présence de quelques sportifs.

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